MULTIMÉDIASemaine du 21/02/2011 - Fenêtre sur CourDémission ou révocation, monsieur le député ?Ces derniers jours, Arnaud Montebourg a demandé la démission de Mme Alliot-Marie comme il avait demandé celle de Bernard Kouchner, lui-même ministre des affaires étrangères, le 2 janvier 2008.
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Demander la démission au grand dam de Mme Alliot-Marie n’a pas de sens puisqu’elle considère qu’elle n’a commis aucune faute.
Pour le député socialiste, demander la démission de ses opposants est l’article premier de la constitution de sa 6e république : le 29/05/2009, il demande, déjà, la démission de MAM dans l’affaire Julien Coupat ; le 22/06/2010 il exige celle d’Éric Woerth, puis le 28/09/2010 celle du président de l’Assemblée nationale, rien que cela !
D’ailleurs c’est une habitude chez lui ! depuis de nombreuses années, c’est sa manière de créer le buzz, comme en décembre 2006, lorsqu’il demandait la démission de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, ou celle, du président Jacques Chirac qu’il qualifiait de corrompu.
Aujourd’hui, dans l’arène politique, dès qu’un élu commet la moindre erreur d’appréciation, les charognards s’emportent pour exiger sa démission, alors que dans les faits, une démission ne peut relever que de l’initiative personnelle de celui qui est concerné.
Or, Arnaud Montebourg, avocat, sait très bien qu’une démission est un acte de conscience qui ne peut être équivoque. Demander à une personne de démissionner alors qu’elle ne considère pas ses actes comme fautifs est un coup d’épée dans l’eau. C’est une manière inopportune-opportune d’occuper l’espace médiatique pour attirer les projecteurs nationaux sur sa personne.
L’homme politique d’aujourd’hui est un professionnel qui privilégie son parcours avant tout. Nombreux sont ceux qui font feu de tout bois. Qu’attend Arnaud Montebourg pour démissionner, en pleine conscience, de ses nombreuses fonctions électives, lui qui ne cesse de dénoncer le cumul des mandats ? Ah porte-monnaie quand tu nous tiens !
D’une manière quasi générale, l’homme politique moderne a si peu d’éthique que l’on peut affirmer, sans même provoquer, que la démission en politique, n’existe pas ou plus ! Auparavant, le pouvoir était le moyen de mettre en œuvre ses idées, alors qu’aujourd’hui, dans une société du paraître, les idées sont le packaging qui permet de prendre le pouvoir ; il y a encore une trentaine d’années, celui que l’on forçait à mettre en œuvre des actions contraires à ses convictions démissionnait, avec baroud d’honneur à l’appui ; l’honneur remplaçait la mascarade médiatique actuelle.
Le tournant se situe dans les années 80 me semble-t-il ? En juin 1988, 9 jours après sa prise de fonction, Léon Schwartzenberg était contraint de quitter le gouvernement Rocard ; les journaux annonçaient la démission du ministre de la santé qui voulait légaliser le cannabis et obligeait à un dépistage systématique du sida pour les femmes enceintes. Interrogé par la presse, l’intéressé corrigeait en affirmant qu’il n’avait pas démissionné : il « avait été démissionné ». On apprécie la subtile nuance…
Depuis la professionnalisation de la vie politique, les élus s’accrochent à leur fauteuil comme des vautours à leur rocher (la métaphore reste courtoise).
Parler de démission est aussi un euphémisme. N’ayons pas peur des mots et qualifions les faits correctement ; c’est d’ailleurs ce que, le même, Arnaud Montebourg a fait le 8 octobre 2010 en demandant, non pas la démission de Frédéric Mitterrand, mais sa révocation.
La révocation est un acte déterminant qui consiste à exclure d’une administration, un fonctionnaire ou un homme politique qui a commis une faute grave. Elle démontre que l’action des cadres de l’État est encadrée, soumise au contrôle d’une autorité qui, en principe, représente l’intérêt général. Cette autorité est la représentation consciente et inconsciente d’une société libre, égale et fraternelle. En France, n’est-ce pas le président de la République qui est censé symboliser cette autorité ?
Comment peut-on aujourd’hui réfléchir avec des jeunes sur des notions comme le respect, la solidarité, le partage, la tolérance, la non-discrimination, quand nos dirigeants s’exposent sur tous les plateaux et journaux en « people » avec arrogance, impudeur, suffisance et perçoivent des rémunérations qui dépassent de loin nos rêves de confort quotidien les plus fous ?
Jeudi soir, Nicolas Sarkozy a été très clair sur tf1 : « si je pensais qu’il y avait une faute, je réagirais ». Pour le président de la république, le Premier ministre et la Ministre des affaires étrangères n’ont pas commis de faute, donc, ‘ circulez il y a rien à voir » !
Aujourd’hui l’éthique du Fouquet’s est devenue le code de bonne conduite de nos ministres. Il est évident que depuis longtemps Nicolas Sarkozy a perdu toute crédibilité morale. Comment exiger subséquemment d’un de ses subordonnés, dans une démocratie, ce que l’on est incapable de s’imposer à soi-même ?
Mais n’accablons pas seulement Sarkoléon. Les trois précédents présidents de la république étaient loin d’être exempts de tous travers moraux comme l’a rappelé François Fillon, le 12 février 2011 ; la gangrène immorale ronge nos institutions depuis des décennies.
Aucun député, en 2007, et certainement pas Arnaud Montebourg, n’a demandé la démission du Parlement quand ce dernier a décidé de porter l’indemnisation des députés non-réélus à 60 mois ; antérieurement cette indemnité était fixée à six mois ; les députés, d’une seule voix, ont ajouté un bonus : à l’issue de ces cinq ans, ils percevront 20 % de leur indemnité à vie. Gauche et droite unies, en une seule Marianne radieuse et généreuse, quand il s’agit de protéger ou de faire naître des privilèges. Cessons une fois pour toutes ces hypocrisies de rivalité ou de compagnonnage !
Il est urgent que notre pays retrouve une stabilité morale et définisse un code éthique rigoureux, transparent et inviolable.
De quel droit peut-on aller faire la morale aux autres pays quand nos représentants ne sont pas capables d’avoir un comportement irréprochable ? Ne nous méprenons pas : la faute commise par Mme Alliot-Marie trouve son avatar chez l’ensemble des hommes politiques occupant des fonctions déterminantes au sein des exécutifs régionaux, nationaux et internationaux. Laissez-moi vivre une semaine avec n’importe quel homme politique, 24 heures sur 24, et je vous en apporte la preuve. Nous devrions exiger de nos élus un comportement exemplaire, sanctionné de révocation à la moindre escapade exotique.
Dès lors, tout homme politique pourrait s’interdire d’exiger la démission d’une personne s’engageant corps et âme pour aider ses compatriotes à avoir une vie meilleure. Demander la démission d’un ministre des affaires étrangères, ou d’un président de la République, c’est crier haro sur notre représentation internationale et fragiliser l’impact que nous avons sur le développement de la démocratie dans les pays qui la revendiquent par des mouvements populaires. Si nous voulons que la France et l’Europe occupent une place déterminante pour l’avenir du monde, les prochains programmes politiques devraient nous présenter un canevas éthique capable de moraliser et d’encadrer scrupuleusement les prérogatives de nos élus.
La gauche comme la droite, dans leur exercice quotidien du pouvoir, ne nous apportent, indéniablement, aucune garantie. Faudrait-il une immolation pour les contraindre à entendre la rumeur d’une fronde populaire naissante? |
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