CULTURESemaine du 13/12/2010 - CinocheLa Comédie : court. Toujours !Dernier étage gauche gauche d’Angelo Cianci – Les émotifs anonymes de Jean-Pierre AmérisLa comédie, késaco ? Vous allez me dire, à bon escient : le contraire du tragique. Le genre comique n’est pas toujours facile à définir. Au cinéma, on s’attend à rire, ou au moins à sourire. Beaucoup s’y essaient, certains réussissent, d’autres se plantent. N’est pas Capra ou Lubitsch qui veut. Pourtant le public est en droit d’en réclamer, et de la bonne.
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Un précieux indice : la durée du film. Si elle dépasse 90 minutes, méfiance ! Une bonne comédie doit être rythmée, enlevée, montée avec art et légèreté. Pas question de se complaire dans des digressions sans fin, l’éllipse, la suggestion, la surprise sont invitées à la fête. Le thème peut être sérieux, c’est le traitement qui fait le sujet. Or donc, vous ne sauriez trouver des comédies fleuve, comme certains films qui vous raptent un spectateur pendant 2, 3 voire 4 heures… Une bonne comédie est courte, pas de rattrapage, c’est l’exercice le plus difficile. Autre indice : en sortir heureux… Dommage que ce critère ne puisse être vérifié par anticipation, que de déconvenues évitées ! On peut se fier aux amis, mais aux vrais seulement ! Dernier étage gauche gauche d’Angelo Cianci : découvert au festival des jeunes réalisateurs de Saint Jean de Luz où il a été remarqué, c’est 95 minutes d’un burlesque abouti. La journée pourrie d’un huissier venu faire sa petite saisie de routine dans une banlieue et qui finit pris en otage par une famille de beurs, fils dealer, père digne et empêtré dans son passé. Un huis clos plein comme un œuf, mené à un train d’enfer, trois comédiens impeccables (Hyppolyte Girardot, Mohamed Fellag et Aymen Saîdi), une belle confrontation père/fils, des personnages secondaires pétant de vie : le préfet, la femme de l’huissier, la banlieue qui palpite autour. Aymen Saîdi, (le jeune marcheur qui ne savait pas lire dans le film de Colline Serreau, Saint Jacques La Mecque, bien bonne comédie d’ailleurs) campe un personnage de dealer, lointain cousin d’Al Pacino dans Un Après Midi de chien. Et pourtant ! Angelo Cianci dont c’est le premier long métrage n’en peut plus de présenter son film devant des salles presque vides….Pas de promo car pas de budget ! Père Noël, faites marcher le bouche à oreille et fissa ! Une comédie qui en a déjà de la promo car des affiches en annoncent partout la sortie pour le 22 décembre c’est Les Emotifs Anonymes de Jean-Pierre Améris. 80 minutes seulement !!! Et pas une de trop ! Le réalisateur venu à l’Atalante le 2 décembre, a reconnu être un fan de comédie américaine. Il a prié Benoit Poelvoorde de s’inspirer de Steward Granger, quant à Isabelle Carré, il reconnaît l’avoir entraînée vers Doris Day, encore qu’on pense aussi à la Julie Andrews de Mary Poppins. Peu importe, c’est du champagne ! Léger, délicieux, intelligent, vif, touchant, et tiré de la réalité puisque l’auteur reconnaît avoir fréquenté lui-même, des cercles de parole d’émotifs anonymes. Ces deux inadaptés au monde, prisonniers des émotions qui les submergent, sont faits l’un pour l’autre. Tout l’intérêt est de suivre les invraisemblables péripéties qui leur sont imposées, jusqu’au dénouement final. On nage dans le chocolat, les gaffes, les brusques avancées et les retraites angoissées. La scène du restaurant est un sommet. Délicieuse Isabelle Carré. Grand, très grand Poelvoorde. Mention spéciale au réalisateur : « C’est ma première comédie, et ce fut épuisant. Je vais revenir aux films sérieux ». CQFD. |
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