Semaine du 06/09/2010 - CultureTrois p’tits jours en AvignonLe catalogue du Off l’annonce en couverture : Avignon 2010, 8-31 juillet, le plus grand théâtre du monde ! Quelques 1100 spectacles programmés, sans compter le Off du Off, ceux qui sont dans la rue, les STF, sans théâtre fixe. On en oublierait le In ! N’était que Podalydes s’y produit pour la première fois : il a rendez-vous avec Shakespeare et Richard II dans la cour du Château des Papes. Son portrait est de toutes les unes.
Ils soutiennent PBIDerniers ajouts
Actualités du Pays BasqueCultureChroniques
Débarquer sans préparation à Avignon, ville magnifique soit dit en passant, la veille du festival relève de la plus parfaite inconscience. Vous voilà livrés aux rumeurs, celle-ci, par exemple: « le premier jour, les répétitions générales sont gratuites… » En avant ! 395 pages de catalogue plus loin, vous avez perdu votre innocence, et traversé places et ruelles d’une ville enfiévrée de plaisir. Murs recouverts d’affiches, derniers préparatifs, commerçants dopés au guronsan. Pédaler au jugé, au milieu de l’excitation permanente, pour entendre, devant le guichet convoité: « Désolés ! Nous ne faisons pas de répétitions publiques » ou bien « C’était avant-hier » La chaleur monte ! On arrive à se faire inviter dans un petit cirque familial et à la première de Chraz, un ancien de l’Oreille en Coin, le Fond Populaire. Sympa. A 17h, tous à la parade qui traverse la ville et finit place du Palais des Papes, au pied de l’éléphant de bronze dressé sur sa trompe, cadeau de Miquel Barcelo, le sculpteur catalan. Une foule énorme, badauds et comédiens, des costumes hallucinants, chacun fait sa promo, une forêt entière disparaît en flyers… Sous bonne escorte bleue marine! Ensuite, vogue la galère ! Les habitués ont vendangé depuis longtemps les invitations sur le net, sans choisir. Il sera temps de faire un tri quand il faudra payer. En attendant ils vous refilent les tuyaux dans la queue. Le bouche à oreille, roi du festival. Tous les styles. Du plus classique à la claire gaudriole, mais comment savoir ? Trop de troupes, trop de choix, partout, à toutes les heures. Juste le temps de se dire qu’on aimerait bien entendre Pennac lire du Melville, qu’on est happé par un très enlevé Cocu Imaginaire de Molière, dans la cour du Barouf. Frustration, interrogations, regrets, découvertes et déceptions….Collège de la Salle, une vraie ruche ! Tant de salles de spectacles, et de classe transformées, on se perd devant les affiches, un été n’y suffirait pas ! Le plus petit garage a été loué à prix d’or. La voisine du camping paye 5000 euros pour un créneau quotidien de 90 minutes, spectacle, montage et démontage des décors. Multiplié par 8 ou 9, ça vous fait du garage rentable ! Des troupes sont invitées par un théâtre, certaines ont des subventions, multiplicité de statuts. Mais ceux qui assument seuls le lourd budget de leur prestation sont les plus nombreux. Ils sillonnent les rues sans désemparer, distribuent des entrées gratuites, vous supplient de venir les voir, on a mal pour eux. On croise dans les rues quantité de visages connus d’aujourd’hui et d’hier. Alors ? Arriver les poches pleines ? Prendre pension, choisir, écouter, se poser régulièrement sous les velums des innombrables bistrots où public et professionnels se côtoient ? Se demander comment l’Avignon de Vilar est devenu cette grosse machine à fric ? Pourquoi grands et petits se sentent obligés d’y passer ? Et combien survivent à ce rouleau compresseur ? Jacques Weber quant à lui, déclare avoir toujours eu peur d’Avignon et compare le Off à un grand embouteillage : « Au Palais des Papes ou au fond d’un garage loué par un escroc à des acteurs qui paient pour être regardés : c’est sublime ou triste à vomir mais c’est comme ça….». |
PublicitéPublicité |