Semaine du 06/09/2010 - Politique
Quatre trêves, quatre scénariosDans ses 50 ans d'existence, ETA a déclaré quatre trêves, dans quatre situations politiques complètement différentes. Tour d'abord en 1989, l'organisation armée s'était mise d'accord avec le gouvernement de Felipe Gonzalez (PSOE) pour entamer des négociations en Algérie, où se trouvaient déportés plusieurs dirigeants de l'organisation armée. Les négociations s'étaient tenues exclusivement entre les membre de l'ETA et les émissaires du gouvernement. Sans accord, les négociations avaient capoté au bout d'un an. Les partis politiques avaient été complètement exclus de cette négociation.
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Il faudra attendre dix ans avant que l'ETA n'annonce une deuxième trêve illimitée. En septembre 1998, ce fut le temps des accords de Lizarra-Garazi. A l'opposé des négociations d'Alger, le cessez le feu fut négocié entre les partis abertzale, afin de mener un front commun face au gouvernement espagnol. Des contacts avec le gouvernement de Jose-Maria Aznar (PP) ne donneront rien, et l'accord entre les partis abertzale fera long feu.
La trêve de 2006 marqua un nouveau changement dans la stratégie de négociation. Fort de l'expérience des deux trêves précédentes, le cessez le feu de ETA fut la conséquence de la déclaration d'Anoeta réalisée par Arnaldo Otegi, porte parole de Batasuna, où la négociation fut scindée en deux : la négociation politique menée par les partis politiques d'une part et la négociation technique (prisonniers, désarmement...) entre ETA et le gouvernement espagnol de l'autre. La trêve fut négociée avec le gouvernement espagnol, mais à condition que les discussions aient lieu sur ces deux plans : politique et technique.
ETA et gouvernement espagnol s'étaient mis d'accord sur un échange de bons procédés. ETA ne devait plus commettre d'attentat et le gouvernement devait cesser toute répression envers les militants de la gauche abertzale. Si l'ETA remplit sa part du contrat, le gouvernement manqua à sa parole dès le lendemain de l'annonce du cessez le feu, avec l'arrestation du leader Arnaldo Otegi ainsi que plusieurs militants de la gauche abertzale.
Malgré cela, la négociation politique se matérialisa par les conversations de Loiola entre Batasuna, PSE et PNV. Mais en dépit des avancées importantes, les discussions n'aboutirent pas.
Les discussions techniques sur le désarmement de l'ETA, la libération des prisonniers et le sort des réfugiés n'avaient donc pas eu lieu. L'accentuation de la répression par le gouvernement fut à l'origine de l'attentat de l'ETA à l'aéroport de Madrid en décembre 2006. Un attentat en pleine trêve, qui devait être un avertissement au gouvernement de Madrid, se transforma en une estocade au processus de paix, puisque deux passants furent tués par l'effondrement du parking de l'aéroport. Malgré un dernier round de discussions en Suisse en mai 2007 entre le gouvernement et l'ETA d'un côté et le gouvernement et Batasuna de l'autre, il était trop tard pour aller plus loin.
Il reste encore à voir quelles sont les modalités des discussions qui se mettront en place lors de ce nouveau processus de paix qui s'engage. Contrairement aux trêves précédentes, ETA n'a pas utilisé le mot de « trêve » ou de « cessez le feu ». Après l'attentat de Madrid en décembre 2006 en pleine trêve, ces deux termes étaient quelque peu galvaudés, d'où l'annonce toute simple que l'ETA « ne mènera plus d'actions armées dans le cadre de sa campagne pour l'indépendance du Pays Basque » précisant avoir pris cette décision il y a plusieurs mois afin de mettre en place un processus démocratique.
Néanmoins, il semblerait que les termes de cette future négociation ne soient pas encore accordés entre le gouvernement et l'ETA, d'où l'appel de ce dernier afin de convenir ensemble « des conditions démocratiques minimales nécessaires à la mise en place d'un processus démocratique ». Mais qui sait, il se pourrait que cette demande publique fasse déjà partie des possibles discussions engagées avec le gouvernement espagnol, préalablement au cessez le feu, par l'intermédiaire des acteurs internationaux. |
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