Semaine du 29/03/2010 - Médias
Faut-il soutenir la télévision basque ?Les journalistes ont quitté leurs bureaux d'EiTB, sans savoir s'ils y reviendraient. Leurs procédures de licenciement sont arrivés à leurs termes sans que l'appel d'offre qui les avait déclenché n'ait abouti. Un retard qui pose de nombreuses questions de fond sur la gestion de la télévision publique basque, de plus en plus éloignée de ses missions de service public.
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Depuis le lancement des procédures de licenciement à l'encontre des journalistes de EiTB Bayonne, la direction de la télévision publique basque s'est toujours voulu rassurante, évoquant son attachement à l'antenne du Pays Basque nord, affirmant que les salariés menacés poursuivraient leur travail, et réfutant même les informations divulguées dans la presse, notamment dans le présent hebdomadaire. Las. Curieuse pratique, venant d'un média, que de se déjuger avec autant d'obstination. Et de s'emmurer dans un silence qui laisse les salariés de Bayonne appréhender seuls leur avenir. Car ce 31 mars, les journalistes ont fait leurs cartons et rendus leurs clés, étant arrivés au terme de leurs procédures de licenciement, sans que la direction de Bilbao n'ait tranché sur leurs sorts. L'appel d'offre n'a toujours pas été pourvu. Officiellement, nul ne sait si l'élaboration du journal télévisé en basque continuera d'être assuré par la société Euskal média, qui en a la charge depuis plusieurs années, ni dans quelle condition. Une équipe d'EiTB de Donostia devrait prendre le relais de la rédaction bayonnaise pour assurer le suivi minimum de l'information. Au passage, l'un des deux journalistes du site Internet de EiTB a été licencié, en marge de ce plan de réorganisation. La chaîne en basque a cessé d'émettre sur le canal hertzien et attend une aide de l'Office publique de la langue basque, à Bayonne, pour accompagner sa diffusion numérique. Ramon Etxezaharreta, vice-ministre de la culture au Parlement basque de Gazteiz et défenseur d'une rédaction forte à Bayonne, a démissionné de ces fonctions cette semaine sans véritablement en expliquer les causes. Dans le meilleur des cas, la direction d'EiTB est coupable d'une lourde négligence. Elle a indiqué qu'une décision serait prise le 12 avril, en dépit d'une échéance de plusieurs mois dont elle avait pourtant fixé le calendrier. Mais au pire, ce retard évoque également une manoeuvre de dernière minute. Car l'appel d'offre d'EiTB comportait jusque là deux candidats, la société Euskal Média, qui assure la production des informations du Pays Basque nord, et la société K2000, dont le siège est en Bizkai, et dont le principal client est également EiTB. Et voilà qu'une troisième société postule en dernière minute, les catalans de Lavinia TV. Une offre de dernière minute qui pourrait bien expliquer que les dirigeants d'EiTB aient décidé de reporter leurs décisions. Car si les changements au sein d'EiTB coïncident avec l'arrivée des socialistes au parlement de la Communauté autonome basque, et la nomination par le gouvernement du nouveau directeur du groupe, Alberto Surio, la société Lavinia TV, créée en 1999 à Barcelone, doit à l'inverse son expansion aux nombreux contrats décrochés auprès de socialistes espagnols. Agence d'Etat de la météo, télévision de la mairie de Séville, télévisions locales, tous les marchés de Lavinia ont été décrochés à la faveur du pouvoir socialiste, y compris devant des offres moins onéreuses comme ce fut le cas pour l'attribution de la gestion de la télévision municipale de la ville catalane de Mollet del Vallès. La société gère également le blog du maire de Barcelone, Jordi Hereu, membre du parti socialiste catalan, pour la modique somme de 25 000 euros par mois et désormais le site internet du Parti socialiste espagnol. Nommés par le gouvernement socialiste de Patxi Lopez, les administrateurs du groupe EiTB n'ont aucune raison de mal considérer ce groupe. Confrontés à des difficultés financières, et à une volonté de changement rédactionnel, notamment en resserrant les frontières de la Communauté autonome basque au détriment de la Navarre et du Pays Basque nord, les dirigeants d'EiTB ne verraient sans doute pas d'un mauvais oeil ce petit bouleversement médiatique. Reste que l'on ne change pas une télévision présente au Pays Basque nord depuis près de 20 ans, aussi simplement que l'on raye ce territoire de la carte météo. A Bayonne, un blog a été créée pour soutenir les salariés de Euskal Media et défendre l'information du Pays Basque nord. L'Office public de la langue doit aussi se prononcer. Son président Max Brisson avait demandé que ne soit pas écarté de l'appel d'offre une diffusion quotidienne, contre la volonté initiale d'Alberto Surio de proposer un journal hebdomadaire. Cette proposition avait été entendue. Il faut dire que l'Office public de la langue peut se prévaloir d'être partie prenant dans le financement du passage à la TNT, et d'une audience de EiTB en Pays Basque nord évaluée par l'institut Ipsos, de 66.000 téléspectateurs au Pays Basque nord, dont 23.800 régulièrement, malgré une diffusion qui ne couvre pour l'instant pas tout le territoire. De son coté, le Syndicat national des journalistes (SNJ) a condamné " l'absence de réponse crédible apportée aux salariés privés de leur emploi, aux collectivités et aux téléspectateurs basques, quant à une éventuelle date de reprise de cette émission." Le syndicat de journalistes, majoritaire dans l'hexagone, estime que "la véritable raison de cette fermeture tient plus d'affrontements politiques qui n'ont que peu de rapports avec le journalisme et sa mission d'informer honnêtement les citoyens des deux côtés de la frontière". La faute à ces vases communicants, donc, entre une télévision publique et un gouvernement. Et à ceux qui ont laissé la porte ouverte les premiers, sans que personne ne s'en offusque. |
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