Il est possible que certains, jusqu’ici, n’aient pas remarqué que les frères Cohen s’appelaient Cohen! Ceci sera, désormais, impossible. Avec A Serious Man, leur quatorzième long métrage, les frères revisitent leur enfance au sein de la communauté juive de Minneapolis, année 1967. Autobiographie vengeresse ? En tout cas, le fameux humour juif, marque de fabrique de Woody Allen, se trouve, ici, dépassé de tous les côtés.
"L'expérience d'Asch, publiée en 1951, est une expérience du psychologue Solomon Asch qui démontre le pouvoir du conformisme sur les décisions d'un individu au sein d'un groupe. [...]". Lire la suite sur wikipédia. Exemple ici (Caméra cachée. Principe : tous les participants sont complices sauf un qui a le choix (naturellement) de se conformer ou non à ce que fait/dit la majorité).
"[...] À la question : « comment pourrions-nous concevoir un système de production qui optimise la haute qualité des produits, qui réduit les déchets, qui prend en compte l’équilibre dynamique de la biosphère et qui réduit le travail humain répétitif et machinal ? », une telle économie s'organiserait comme suit :
1) Répertorier les ressources planétaires.
2) Décider ce qu'il est nécessaire de produire, en se fondant sur le strict minimum (comme la nourriture, l’eau, le logement, etc.) en passant par des produits utilitaires (matériaux bruts, machines automatisées, développement technologique, etc.) jusqu'aux produits utilisés à des fins non-utilitaires (divertissements, radios, instruments de musique, etc.).
3) Optimiser les méthodes de production | maximisation de la durée de vie des produits.
4) Mettre en place des méthodes adaptées de distribution pour accéder aux produits.
5) Optimiser le recyclage de ces produits qui peuvent devenir obsolètes ou inopérants.[...]"
[source : wikipedia].
On le droit de rêver, c'est ce qu'a fait Jacque Fresco avec son projet Venus.
Le procès de Léa et Tom qui avaient fait appel pour surseoir à la destruction de leur yourte, a eu lieu ce jeudi 17 février à Toulouse sur fond de violence policière. Compte-rendu d'une audience ubuesque parfois, politique sûrement, qui a le mérite de remettre sous les feux de la rampe, deux mois après son adoption, quelques uns des ingrédients frelatés de la loi Loppsi 2 : dénonciation et traque aux pauvres.
Ces derniers jours, Arnaud Montebourg a demandé la démission de Mme Alliot-Marie comme il avait demandé celle de Bernard Kouchner, lui-même ministre des affaires étrangères, le 2 janvier 2008.
Vingt cinq ans pour attaquer le sujet : il est de longues maturations ! Le monde du cinéma ne peut guère se permettre de mécontenter toute une communauté et, de surcroît, aussi influente. Le film se termine par la mention : « Aucun juif n’a été blessé pendant le tournage ». Sans surprise, l’accueil des milieux concernés est assez frais.
Les frères Cohen ont grandi dans une famille juive, archi-crispée sur les rituels. Au sein d’une petite ville juive. Ils sont allés à l’école hébraïque, à la synagogue et ont séché sur la Thora. Fargo se passait déjà chez les goys du Minnesota, et The Big Lebowsky, témoignait des origines, mais c’est avec A serious Man que se boucle cette boucle là. Retrouver les décors, les couleurs, et se laisser aller au souvenir, pour lui régler son compte. Ils se déclarent modérément adeptes de Proust.
Larry Gopnik, excellemment incarné par un acteur de théâtre Michael Stuhlberg, va tenter devant vous de se comporter en père, mari, frère, prof, collègue, voisin, juif modèle et recevra, en récompense, tous les malheurs du monde. Et nous en jouirons cruellement car il se pourrait que ce malheur lui soit envoyé par Dieu pour le rendre meilleur !
Dans la petite maison juive de la prairie, autour de Larry, évoluent, l’épouse, moche et rigide en robe à fleurs, le frère purulent encombrant, les enfants ados traversés de pulsions contraires. Au dehors, un voisin goy raciste, un copain gros, vieux et veuf qui le console de lui piquer sa femme, des collègues faux cul, un élève maffieu.
Pour aider cet homme qui veut sauver du désastre la bar mitsvah de son fils, une hiérarchie de trois rabbins tout puissants autant que ridicules dont les discours mystérieux l’empêchent de se prendre en mains. Traversent le film, des légendes vieilles comme le temps d’Europe de l’Est, où des dibbouk (fantômes) s’attachent à vous pour vous pourrir une vie déjà pas si rose, et resurgissent à l’occasion. Malédiction familiale…
Et la pâte des Cohen. Une image travaillée, des scènes distanciées, une nature instrumentalisée… Larry, sommé par sa femme et son futur mari de s’installer au motel en attendant le divorce rituel (guet), revient chez lui pour arranger l’antenne de télé. Il monte sur le toit, un pied sur chaque pente, il avance jusqu’au faite et là, découvre avec stupeur sa voisine qui prend le soleil dans son jardin, nue. Vision inimaginable, dans cette cité là, le désir est vaincu par la vertu des femmes.
Et l’individu par la communauté. Tout s’étale, et se juge. Grandir, c’est se sauver ? Encore que… comme disait un personnage du Grand Lebowski : « Cesser d’être juif, c’est aussi facile que de rendre sa carte à la bibliothèque ».