Semaine du 21/02/2011 - CultureLa parole réconciliante de Marie DarrieussecqPar Mona Ventura« Famille et Pays : quelques questions essentielles dans la littérature de Marie Darrrieussecq ». Ils soutiennent PBIDerniers ajouts
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Le Pays, la famille. Le pays, elle rêvait de le quitter. Elle rêvait aussi d’écrire et surtout de ne pas travailler. La famille : « j’ai l’impression qu’elle sert à préserver des secrets ; légers pour certains, lourds pour d’autres, mortels pour quelques-uns ». D’emblée se jouant des idées reçues, Marie Darrieussecq est venue dire son expérience, d’écrivain certes, mais aussi de psychanalyste. Sans affectation aucune, mais avec assurance et fermeté, elle a déployé une heure durant une parole d’accueil, de rencontre.
Ferme pour dire la difficulté de parler du pays, de la famille, de la « nation », tant les idéologies de la droite extrême, le passé colonial et le pétainisme ont dévoyé ces mots. Assurée dans son goût de la complexité qui balaie les lieux communs réducteurs.
Quelques mots en Basque « mais je ne vais pas faire semblant de le parler » ; pour sa mère être basque allait de soi, mais son père, esprit scientifique se défiait de l’archaïsme de sa culture et s’en émancipa. L’enfant parla donc le basque, l’oublia longtemps puis, c’est au contact du jacobinisme de ses amis intellectuels parisiens que reparut le fantôme du Pays. « Mais…Moi … Je n’étais pas un particularisme régional !.. ». Car eux, si prompts à s’engager pour l’autonomie du Chiapas, recevaient comme une bombe cette l’innocente question : « et le pays basque ? ».
Elle précise qu’elle est écrivain, mais que ce soir - nuance - « nous sommes dans l’oralité ». Elle ne jouera pas à parler comme un livre mais précisera la fonction de l’écrit par rapport l’oral.
L’écriture : elle advient dans un état de vacuité, une sorte d’absence à soi. « …alors…ça s’écrit… » dit, en traduisant ce flux par de lents et vastes gestes des deux bras qui balaient l’espace autour d’elle. Elle ne fait guère de différence entre littérature et poésie, mais reste attachée au fil du récit dans lequel l’invention du langage doit trouver sa place…Pas si simple. Car c’est la fonction de la littérature de défaire les lieux communs, les truismes, et de les remplacer par des mots qui en approfondissent le sens. Elle prendra l’exemple de la maternité, opposant la banalité conventionnelle des propos qui s’échangent autour des berceaux à la réalité inouïe et ineffable de toute naissance.
Que pense t-elle de la féminité dans l’écriture ? …La littérature n’a pas de sexe, il n’existe pas d’écriture féminine : d’ailleurs…« on ne parle pas de littérature masculine ! »
A propos du plagiat, qui fait l’actualité et qui la concerna directement à propos de son livre « Tom est mort », elle répondit par un mot de compassion pour la souffrance de son accusatrice mais ne fit pas de mystère quant à sa difficulté à vivre de telles accusations : un livre, travail de deux années d’enquête sur ce sujet.
Son métier d’analyste lui fait découvrir la singularité de chacun, l’étrangeté d’autrui. « je le savais pourtant, mais pas à ce point… ».Mais l’analyse libère.
L’intervention touchait à sa fin. L’auditoire sensible à la parole directe, allégée du souci de paraître et de s’imposer de Marie Darrieussecq, semblait savourer le moment présent. Savourer le passage d’une parole réconciliante. |
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