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Lors de la réunion de présentation des deux fuseaux possibles pour la nouvelle Ligne grande vitesse (LGV), le député Daniel Poulou a créé la surprise en se positionnant en faveur de ce projet, contrairement à la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, dont il est le suppléant au Parlement, et contre la maire d’Urrugne qui le remplace à ce poste qu’il a occupé durant 25 ans. Dans PBI, Daniel Poulou explique son choix en faveur d’un projet auquel il était lui-même opposé, il y a quelques années, en estimant qu’il « vaut mieux accompagner la démarche plutôt que de la subir demain comme un couperet » et qu’aucun pouvoir n’est accordé aux élus locaux, lesquels n’ont « rien à dire ». Un constat pessimiste que le député réfute en rejetant tout débat possible au sein du gouvernement, y compris par la voix de Michèle Alliot-Marie. « J’ai peut-être un soucis de franchise que certains de mes collègues n’ont pas », estime t-il, avançant que ceux qui s’opposent à la création de ces lignes nouvelles « savent pertinemment que ça se fera… » Une impuissance des élus qu’il détaille en justifiant sa position comme de « l’honnêteté » par rapport à ses administrés et de conclure « qu’à partir du moment où c’est décidé, et bien on accompagne ».
Pourquoi avoir attendu pour faire entendre votre voix sur la LGV ? La LGV, on en parle depuis 15 ans, voire davantage. Or, jusqu’à présent, personne ne nous a précisé qu’il y avait des études qui étaient en cours, avec des fuseaux qui allaient être définis. Qui plus est, c’était question d’opportunité. Donc, bien entendu, comme tous les maires et les responsables locaux, je m’étais opposé à la création d’une ligne nouvelle puisque, à mon avis, cela ne s’imposait pas et ne se justifiait pas. Depuis, nous avons su que le gouvernement avait demandé et avait mandaté un cabinet d’études de RFF pour construire une ligne nouvelle, qui fait suite à une décision qui a été prise à Bruxelles en 1994 et qui a été entérinée par tous les gouvernements de gauche et de droite depuis. Le dernier sommet franco-espagnol a vu le président Sarkozy et Zapatero confirmer ce qui était prévu de longue date. Parallèlement, les élus espagnols ont construit le Y basque, en tout cas l’ont programmé, avec le ministère des transports qui est compétent, c’est-à-dire Madrid. Tout cela s’est fait au plus haut niveau, c’est-à-dire au niveau de l’État, avec confirmation des gouvernements, arrivée d’une ligne à grande vitesse à la frontière de Biriatou, pour traverser la Bidassoa.
Qu’est ce qui vous a fait changer d’opinion ? Voyant que les gouvernements étaient engagés, Madame Alliot-Marie, dont je suis le suppléant, quand elle a vu que RFF poursuivait ses études et qu’elles étaient menées rondement puisqu’il y a eu le débat public, a demandé l’arrêt immédiat des études. C’était il y a quatre mois. Il n’y a pas eu d’arrêt immédiat des études puisqu’on a même vu une accélération des études. Les réunions se sont succédé à la Sous-Préfecture de Bayonne, et l’on a vu RFF continuer ses études, malgré l’hostilité des oppositions, malgré les demandes réitérées de madame la ministre. J’ai pris conscience que la chose était plus que bien entamée. Renseignements pris au plus haut niveau, on m’a confirmé qu’il s’agissait d’un engagement d’États. Les deux États se sont engagés à réaliser une ligne nouvelle.
S’en est suivie une prise de position, disons radicale, de la part des élus locaux, en disant « on ne veut pas une ligne nouvelle, restons sur les lignes existantes ». C’est là que RFF répond « écoutez, les lignes existantes, bien entendu, puisqu’on vient de les réhabiliter ». 60 millions d’euros viennent d’être dépensés, les lignes ont été faites entièrement, je suis allé vérifier d’ailleurs ces travaux avec tous les élus. L’argument est que ces lignes suffiront dans une vingtaine d’années vu le trafic aujourd’hui des marchandises et des voyageurs.
Oui justement, une étude indépendante révèle que la ligne actuelle est sous-utilisée ? L’argument de RFF ensuite, est que, d’accord, pour les 20 ans on est bien, mais qu’est ce qu’on fait après ? On est dans le cadre de développement durable, avec l’engagement du président de la République puisqu’on a Copenhague la semaine prochaine, et également de Borloo à l’Assemblée Nationale. Il y a le problème des énergies fossiles, du pétrole. J’ai eu l’occasion de faire partie de la commission de la défense Nationale, j’ai eu l’occasion d’écouter les responsables de Total entre autres, qui nous ont confirmé qu’à l’horizon 2060, du pétrole il y en aura, disons, beaucoup moins, pour ne pas dire très peu. Je n’ose pas dire pas du tout parce qu’on trouvera certainement d’autres puits, en allant chercher plus profond ou avec des méthodes nouvelles. Mais, il ne faut pas se faire d’illusions, du pétrole comme on en a eu, il n’y en aura plus. Qu’est ce qu’il nous reste ? Les camions nous saturent l’autoroute et imaginez le même débat sur l’A63. Moi je n’y étais, pas je n’étais pas élu à l’époque, c’était il y a 40 ans. J’étais jeune et je m’en souviens, mon père était le maire de Ciboure. Essayons de nous projeter il y a 40 ans et d’imaginer que les élus ont dû s’opposer à cette autoroute. Est-ce qu’on peut imaginer aujourd’hui le trafic sans l’A63 ? Quel est l’élu qui pourrait dire aujourd’hui que les 12000 camions passeraient très bien sur la nationale, avec les milliers de voitures, sachant que l’A63 est déjà saturée.
Seconde réflexion, dans un demi-siècle, puisqu’on nous dit qu’il faudra diminuer la production de CO2, puisque des engagements ont été pris, est ce qu’il ne faudra pas reporter le trafic qui se fait aujourd’hui par la route sur les lignes ferroviaires ? Je ne suis pas madame soleil, je ne peux pas prévoir ce qu’il se passera dans un demi siècle, mais je me dis que si c’est comme l’A63, et si les gouvernants et notre président de la République actuelle que je soutiens, bien-entendu, puisque j’appartiens à sa formation politique, et bien, des experts, autres que moi et mes collègues, aussi brillants fussent-ils dans le coin, ont dû réfléchir. Et que si l’engagement a été pris au niveau des deux États, ce n’est pas contre les élus du Pays Basque. Je pense qu’il y a eu ce débat dans tous les sites, aussi bien pour le TGV du sud est, vers l’Italie ou dans tous les pays frontaliers.
Oui mais d’autres lignes nouvelles sont possibles pour du fret, comme celle défendue par Michèle Alliot Marie, qui passe en ligne droite par Saragosse pour relier Paris et Madrid et évite la forte urbanisation de la Côte Basque et ses contraintes de ralentissement… Mais vous avez mille fois raison. Mais le gouvernement n’a pas jugé ainsi. Le gouvernement dit que la ligne nouvelle c’est Paris-Madrid avec Bayonne – Astigarraga. Il n’a pas parlé de Béarn que je sache. Sinon il fallait interrompre l’étude ici et voir la ligne nouvelle par ailleurs. Mais les études sont pratiquement bouclées, les fuseaux nous ont été proposés, il y a 10 jours à la Sous-Préfecture de Bayonne, où j’ai fait justement cette prise de parole pour répondre à une interpellation du maire de Saint-Jean-de-Luz qui voulait connaître ma position. Les fuseaux nous ont été présentés et l’on n’a pas cherché à connaître notre position. On nous a dit, voilà les fuseaux, voilà les paramètres qui nous ont conduits à considérer que ! C’est-à-dire priorité au fuseau Ouest. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient tenu compte des paramètres hydrauliques, géologiques, environnementaux, immobiliers… Tous les paramètres sont passés, et l’on a vu que le tracé Est, c’est-à-dire vers Ascain, était beaucoup plus contraignant et pénalisant pour l’environnement et les populations que le tracé Ouest. C’est pas moi qui l’ai décidé. Ce sont les études et les paramètres qui ont été retenus par les ingénieurs qui s’occupent de ces dossiers et les cabinets d’études qui nous l’ont démontré. Voilà.
Vous avez tout de même un pouvoir de parole ? A partir du moment où les fuseaux sont tracés et que les gens qui s’occupent de mener ces études vous disent que le Comité de pilotage se réunit le 15 janvier, c’est-à-dire dans un mois, pour définir si c’est le fuseau Ouest ou le fuseau Est, sachant que dans les dix mois qui suivent vous aurez le véritable tracé, qui fera l’objet d’un PIG, Programme d’intérêt général, relayé par le ministère de tutelle via le Premier ministre… Autrement dit, une décision sera prise au plus haut niveau pour entériner le PIG qui concernera le futur tracé. Ce sont des choses qui ne sont pas nouvelles, on le sait.
A partir du moment où je suis un élu responsable, mon souci d’honnêteté vis-à-vis des populations concernées, et vis-à-vis de moi-même, de mes proches et de ma famille, c’est d’essayer d’accompagner, de faire prévoir lors de ce tracé les modalités qui pourront permettre un meilleur accompagnement sur place, plutôt que de me le voir imposer.
Mais il y a tout de même un débat, et même au plus haut niveau, puisque Michèle Alliot-Marie s’oppose à ce tracé ? Ah ça, je ne sais pas, vous lui poserez la question pour savoir s’il y a débat. Je ne suis pas chargé de traduire la position de Michèle Alliot Marie et je suis assez grand, à 66 ans, pour savoir ce que je dois faire. Je l’ai accompagnée avec une grande loyauté toute ma vie d’élu, nous sommes très liés tous les deux, moi je vous dis ce que je fais en mon âme et conscience… Maintenant Michèle Alliot Marie, si elle veut s’exprimer différemment, elle l’a fait, c’est son droit le plus strict, et si vous voulez vérifier de plus près, il faut aller au cabinet de François Fillon et puis peut-être au niveau du président de la République, pour voir de quoi il retourne exactement. D’ailleurs nous serons fixés rapidement, vous savez. Dans les prochains mois, si ce que l’on nous annonce est décidé, les choses sont faites. Si ce n’est pas comme cela que ça se passe, bravo, formidable, il n’y aura pas de lignes nouvelles. Mais je crains que ce ne soit pas le cas, très objectivement. Ceci me conduit à dire qu’il vaut mieux, à mon avis, accompagner la démarche plutôt que de la subir demain comme un couperet. Voilà ma démarche. Alors j’accepte qu’on ne partage pas mon opinion, qu’on fasse croire aux populations qu’on va s’y opposer, alors que beaucoup des élus qui ont cette position radicale savent pertinemment et parfaitement que ça se fera. J’ai peut-être un soucis de franchise que certains de mes collègues n’ont pas.
Vous avez une posture également très pessimiste, comme un renoncement de votre parole de député ? Pessimiste ? On ne nous a pas demandé si on était favorable ou défavorable, ce n’est pas comme ça qu’on nous a posé la question. Absolument pas. On nous a dit, voilà : « on est chargé de faire des études et on définit des fuseaux. On vous présente ces fuseaux ». On n’a pas demandé, vous pensez bien, de délibérer en Conseils Municipaux pour êtres favorables ou défavorables. Je n’ai jamais vu cette question posée ainsi. J’ai été maire 25 ans, jamais je n’ai vu ça.
Ça veut dire que les élus n’ont rien à dire ?
Rien du tout. Cela ne change absolument rien. La décision est prise à un autre niveau. On peut le regretter, on peut ne pas le souhaiter, on peut vouloir passer par ailleurs, je le comprends très bien. Je suis assez intelligent pour comprendre ça. Mais je suis assez intelligent et honnête pour dire qu’à partir du moment où c’est décidé, et bien on accompagne. Ça sert à quoi de faire l’autruche et de dire aux populations «vous allez voir, vous inquiétez pas, on va s’y opposer » ? Ça sert à quoi ? Pour que les gens se réveillent dans 10 mois et disent : « mais dites donc, vous nous avez trompés car vous étiez au courant ? » Il ne faut pas dire qu’on ne sait pas. On sait. Le 15 janvier, on a le Comité de pilotage. À Bordeaux. Moi je n’y suis pas, je n’en fais pas partie. On ne m’a pas demandé mon avis personnel à moi. Absolument pas. J’ai exprimé mon opinion, comme élu. Mais on ne m’a pas demandé mon avis. On ne m’a pas demandé : « est ce que vous êtes content que l’on passe chez vous ? ». Bien non, je ne suis pas content que l’on passe chez moi, parce qu’en plus c’est le cas. Inutile de vous dire que ça ne fait pas plaisir. Ça ne fait pas plaisir à mon fils, ça ne fait pas plaisir à mes amis, à mes voisins. Évidemment que ça ne fait pas plaisir. Mais c’est pas comme ça qu’on a posé la question. J’ai demandé à voir le tracé, le voilà, les fuseaux, les voilà, tout le monde a eu les mêmes documents que moi. Et comme à la dernière réunion, on a compris que c’était le tracé Ouest, et bien j’ai estimé qu’en mon âme et conscience, il était de mon devoir de dire ce que j’ai dit. Ce ne serait pas correct de ma part, et je n’envisage pas de faire de la politique de cette façon, pour faire corps avec mes collègues et disons « pour être agréable à une partie de la population », de faire celui qui ne sait pas. Ce n’est pas mon style. Et rendez-vous est pris dans un an puisque le tracé sera défini, dans un périmètre de 80 à 100 mètres. Il y aura une bande de 80 à 100 mètres qui sera définie dans tous les documents d’urbanisme. C’est même moi qui ai soulevé cette question et qui ai fait dire au Préfet de préciser ces choses-là. C’était il y a un mois. Ce sont des procédures normales, que je connais pour avoir été maire. Autrement dit vous ne pouvez plus délivrer de permis de construire dans ces zones-là. Et à savoir que s’il y a une vente, il y a préemption automatiquement.
C’est un point de vue, il peut se comprendre, il peut se défendre…. En tout cas je vais vous dire une chose. Il y a beaucoup de gens qui me félicitent au moins pour mon courage.
Photos Kepa Etchandy
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