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8. Purifions nos âmes à coup de pesticide (le complexe de l’araignée) PDF Imprimer E-mail
Écrit par Roidite   

Le procès du préfet des Pyrénées-Atlantiques contre Laborantza Ganbara, la chambre d’agriculture alternative du pays basque, n’aurait pas déplu au père Ubu. Pinaillages linguistiques, chipotages d’experts entreront qui sait au panthéon du cocasse et de l’absurde. En outre, ce n’est pas tous les jours que l’Etat porte plainte, il est donc plaisant de voir un de ses hauts représentants défendre ses valeurs : en l’occurrence l’agriculture sale, calamiteuse de la FNSEA. Le verdict fut réjouissant : nous vous invitons, dit le président du tribunal aux accusés, à vous rapprocher de la chambre d’agriculture existante. Traduction : il vous sera beaucoup pardonné si vous utilisez nos pesticides. Vous avez beaucoup péché jusque là en prônant le respect des paysages et des personnes, une agriculture d’harmonie et de beauté, nous vous laverons de cette ivraie nuisible grâce à notre saint préféré : Monsanto, mon sancto, priez pour nous.
Harmonie, harmonie, est-ce que j'ai une gueule d'harmonie, moi ? Et puis d'abord, l'harmonie, avec quoi ça se mange* ?

 

*

Je tirai mon boulanger ce matin-là de l’imposant ouvrage dans lequel il était plongé pour lui demander une demi-douzaine de pains aux raisins mafflus. Sur mon insistance, il finit par me dévoiler le sujet de ce gros bouquin : une sorte de bible, me dit-il, des espèces de pommes basques disparues. Autant dire un cimetière de la bio-diversité.
- Espèce de vieille pomme toi-même ! lui aurait sans doute lancé un de ces jeunes cadres de l’agro-business, de l’agri-inculture. Je me contentai, pour abonder dans son sens, de lui signaler le cas des araignées basques, totalement décimées au profit d’une seule espèce ultra-envahissante qui, ayant détruit toutes les concurrentes, a su imposer son diktat.
Il ne semblait pas au courant.
J’engloutis trois pains aux raisins aussi sec pour ne pas avoir à lui dévoiler l’ampleur du drame.

*

« Liberté, égalité, choucroute ». Ah cher Jean Yanne, le monde a bien changé en trente ans. De nos jours, une telle inexactitude ne serait pas supportée : on exigerait la marque de la choucroute.
Bref, pour revenir à nos araignées, j’ai testé pour vous, la crèche municipale, républicaine et laïque. Dès l’entrée, elle était là, sur les petites chaussures d’enfant sagement alignées, déclinant leur chapelet d’idoles : loin devant Mimi ou Babar, Speederman, la super-araignée, caracolait sur les hauteurs. Alors à l’entrée de la maternelle, nous avons bifurqué : plutôt que l’école Nike ou le collège Adidas, nous avons envoyé nos drôles à l’ikastola. Quand j’y entrai pour la première fois, Speederman était de sortie ; j’en fus soulagé. Non pas qu’il y soit interdit (je l’ai vu depuis de loin en loin qui sur une trousse qui sur un bonnet) mais les parents ici sont sans doute sensibles à d’autres marques, enfin je voulais dire valeurs.
Mais la super-araignée ne se laisse pas faire pour autant ; Euskal Telebista est ravi de la traduire en euskara et de l’offrir à son jeune public qui ne saurait être lésé. Cependant, d’un point de vue purement socio-linguistique, je me demande lequel de ces deux emplois marque le plus grand progrès : Speederman en basque ou la messe en euskara ?
Sans oublier qu’un nouveau pape est amené à régner. Araignée, araignée, quel drôle de nom, etc.

*


La cocotte a 97,5 % de son ADN en commun avec le museau-vinaigrette.

 

*Miguel de Unamuno, - Brouillard, Séguier, 1990.

 

 

La semaine prochaine dans PBI

9. Quelques notes concernant la motorisation des cocottes

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