ACTUALITÉS DU PAYS BASQUESemaine du 06/09/2010 - Politique
Vers une paix irréversibleLa paix n'est seulement pas une question d'absence de violence, mais une situation où toutes les libertés -individuelles et collectives- sont respectées. Cela fait des décennies, voire des siècles, que le Pays Basque subit un état de manque de libertés. La naissance de l'ETA, il y a 50 ans, en pleine dictature franquiste, avait alors fédéré un sentiment de révolte dans l'ensemble des provinces basques mais également au-delà de leurs frontières, notamment dans les années 70.
Ils soutiennent PBIDerniers ajouts
Actualités du Pays BasqueCultureChroniques
Au cours de ces 50 ans d'activité, autant l'ETA que le gouvernement espagnol sont tombés dans un cercle vicieux où la violence a engendré davantage de violence, les uns pour changer le statu quo, les autres pour le maintenir. Le nombre de personnes mortes ou blessées par l'action de l'ETA est assez connu, car le chiffre est rappelé souvent par les médias lorsqu'ils évoquent la question basque. La liste des personnes mortes ou blessés par l'action de l'Etat espagnol via les forces de l'ordre -mais aussi à travers la participation des groupes parapoliciers- est cependant moins connue, mais existe elle aussi : 114 morts et près de 600 blessés selon un rapport réalisé par le Gouvernement Basque en 2008. Et cela sans compter les cas de torture qui s'élèvent, selon certaines études, à quelques milliers. Ni la centaine de militants de l’ETA ayant perdu la vie au cours de fusillades. Ou encore la quinzaine de personnes disparue sur la route en rendant visite à des prisonniers basques éloignés.
Chaque fois que l'ETA a annoncé un cessez-le-feu, la société basque a cru voir la lumière au fond du tunnel. Mais jusqu'à présent, comme l'avait illustré le grand Oteiza, la clarté aperçue à l'autre but du tunnel n'a été à chaque fois que le phare d'un train qui arrivait à toute vitesse, renversant tous les espoirs. Il est trop facile de mettre sur les épaules de l'ETA la responsabilité des trois échecs. Tout comme il est trop facile de faire la lecture contraire, faisant du gouvernement espagnol le seul responsable du retour aux armes de l'organisation basque.
Cette fois-ci, l'ETA a assumé ses responsabilités. Elle n'a pas annoncé un cessez-le-feu après avoir accordé telles ou telles conditions avec des représentants du gouvernement espagnol. Cette fois-ci, l'ETA a décidé, de façon strictement unilatérale, d'arrêter ses activités armées. Sans négociation préalable. Sans contreparties. Pourquoi le faire maintenant et pas il y a dix ans ?
La question est très facile à poser mais il est très difficile d'y répondre, car il faudrait pour cela analyser année par année, mois par mois, semaine par semaine, jour par jour, l'évolution d'un conflit qui s'appuie sur plusieurs piliers, qui repose sur plusieurs poutres, un conflit qui s'est construit avec la souffrance des uns et des autres, composant à la fin un treillis par lequel la lumière a du mal à rentrer. De la même façon on pourrait, par exemple, se demander pourquoi le gouvernement espagnol n'a toujours pas mis fin à la dispersion des prisonniers basques, alors que cette mesure est contraire aux lois internationales et sachant qu'un éventuel rapatriement des détenus pourrait ouvrir une porte à la fin du conflit.
Pourquoi l'ETA prend donc cette initiative maintenant ? La réponse, certes très simplifiée, peut se résumer ainsi : l'ETA estime que les conditions pour arrêter de façon unilatérale son activité armée ne se sont concrétisées qu'il y a peu, après la dernière phase répressive entamée par Madrid. L'organisation armée partage l'analyse réalisée par la gauche abertzale selon laquelle l'Etat espagnol, par l'interdiction antidémocratique des partis politiques indépendantistes, a montré que ce qui lui fait peur est en réalité l'activité politique, l'affrontement dialectique, le combat démocratique. L'Etat espagnol a montré son vrai visage, qui est loin d'être l'Etat de droit dont il se vante. À partir de ce moment, toutes les cartes sont sur la table. Dans ce contexte, l'activité armée n'a plus de sens.
Tout comme l'a exprimé la gauche abertzale, l'ETA estime que c'est le moment de lancer une nouvelle phase politique de confrontation avec l'Etat. Avec cette décision et pour la première fois dans ces 50 ans d'activité, l'ETA n'est plus l'avant-garde du mouvement basque de libération nationale. Tout comme l'ont exprimé les bases de la gauche abertzale dans le document Zutik Euskal Herria, l'ETA croit que c'est le moment de parier pour une stratégie strictement politique. Tout comme l'affirme la déclaration de Bruxelles -concoctée par l'avocat sudafricain Brian Currin et signée par une vingtaine de personnalités internationales dont des prix Nobel de la Paix-, l'ETA considère qu'une nouvelle phase démocratique doit s'ouvrir en Pays Basque, et cela dans le respect des principes Mitchell comme ce fut le cas en Irlande du Nord.
Et maintenant quoi ?
Mais au-delà de ces formations, les regards vont se tourner vers le PNV. Certes, la formation démocrate chrétienne, évincée du gouvernement basque en raison de l'altération des rapports électoraux après l'interdiction de Batasuna, n'a jamais mené un véritable combat indépendantiste, mais -consciente des velléités indépendantistes de ses bases- elle a toujours alimenté un discours frisant la revendication souverainiste. D'ailleurs, le PNV, qui utilise toujours la calculette électorale pour prendre ses décisions, sait que chaque fois qu'il a mené une campagne éminemment abertzale, il a obtenu de très bons résultats aux urnes. Sans doute, ce parti retournera-t-il bientôt au discours autodéterministe qu'il a prôné aux temps des Accords de Lizarra-Garazi et qu'il a agité dans l'étape Ibarretxe.
Parallèlement, les deux principaux syndicats basques, les abertzale ELA et LAB, sont rentrés dans une dynamique de travail en commun tant dans le domaine syndical que dans d'autres aspects sociaux et politiques, tout comme il y a une douzaine d'années lors des Accords de Lizarra-Garazi.
Tout cela signifie-t-il qu'un nouveau bloc politique soudé autour du droit à l'autodétermination du type Lizarra-Garazi va voir le jour dans les prochains mois ? Surtout pas du type Lizarra-Garazi. Celle-ci a été une expérience qu'il ne faut pas négliger, mais le Pays Basque se trouve dans une autre phase politique. De son côté, le PNV a d'autres cartes à jouer notamment vis-à-vis de la reprise du pouvoir à Vitoria-Gasteiz, alors que ses partenaires d'il y a douze ans ont eux aussi une autre stratégie beaucoup plus frontale vis-à-vis de l'Etat espagnol. Frontale, mais non violente. Car la politique est l'arme fatale que Madrid redoute. La paix, celle qui va au-delà de l'absence de violence, celle qui s'appuit sur l'approfondissement d'une véritable démocratie où toutes les libertés sont respectées y compris le droit à l'autodétermination, semble -maintenant oui- irréversible. À voir -à craindre ?- quelle sera la réponse de l'Espagne. |
PublicitéPublicité |