ACTUALITÉS DU PAYS BASQUESemaine du 14/06/2010 - SociétéAndré Lesca gagne la bataille des bars du Petit Bayonne
André Lesca, photo de son site Internet Ils soutiennent PBIDerniers ajouts
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André Lesca connaît bien ses droits. Moins ceux des autres. Passionné de vidéo et d’informatique, le retraité a décidé de filmer et de diffuser les images du « tapage nocturne » qu’il subit depuis son promontoire idéal, sans considérations pour les droits à l’image des personnes ainsi filmées à leur insu. Des documents qu’il met en ligne sur le site Youtube, tragi-comiques, parfois commentés de sa voix off, façon reporter de guerre monocorde. Avec en prime la participation, comme lorsqu’il prévient que « la police a été prévenue », qu’il filme son intervention et le geste imbécile de fêtards qui jetteront une barrière dans la Nive une fois les forces de l’ordre reparties.
Le reste de ces documents est un concentré de pochtronades ordinaires, de gens qui titubent et braillent à la fermeture des bars, qui chantent, qui jouent du saxophone, et même du tambour dans la rue pendant la foire au jambon alors que la fête bat son plein avant deux heures. Pas de nuances entre les habitudes festives d’un quartier qu’il a choisi d’habiter et la bêtise ivrogne qui sévit en quelque incivilité. Si ce n’est dans la nuisance qu’occasionne la fête dans l’appartement sans doute mal isolé d’André Lesca. On le sait pourtant, à proximité d’un aéroport ou dans une rue peuplée de bar, a fortiori lorsque le double vitrage est interdit, les loyers s’effondrent. Ce pimpant retraité n’a sans doute pas signé son bail un soir de foire au jambon ni mesuré des pratiques festives qui le pousseront à bivouaquer dans sa salle de bain, selon ses déclarations au quotidien Sud-Ouest.
Ses vidéos circulent aujourd’hui sur Internet, toujours titubant dans un registre tragi-comique, et posent la question de leur réalisation. Certes, André Lesca « ne conçoit pas la vie sans engagement » prévient-il sur son site Internet, en précisant qu’il a lui-même demandé, dès l’âge de 6 ans, d’effectuer sa première communion. Une question de foi donc, après une cirrhose du foie dès l’âge de quatre ans, qu’il semble désormais guetter chez l’ivrogne qui tutoie son espace sonore. Dans cette homonymie compensatoire, il poursuivra dans les jeunesses catholiques étudiantes puis dans l’action catholique ouvrière. De là à se retrouver investi d’une mission, il y a un pas que n’explique pas ce simple choix de vie. Car l’engagement de templier, comme le métier de reporter de guerre, sous-tend un labeur contraignant et volontaire ou à l’inverse une situation contrainte et subie, sans échappatoire. André Lesca, que rien n’empêche de vivre au calme en zone de paix, c’est-à-dire à 50 mètres de là, semble se complaire dans le rôle du citoyen zélé en prônant le retour à l’ordre et en refusant de plier face au nombre de cafetiers. La mairie lui a d’ailleurs donné raison. Le bon droit triomphe dans une société de plus en plus encadrée et légiférée.
Mais l’obstination alcoolique porte aussi la promesse d’une détermination massive et déraisonnée qui ne capitule jamais. Les vidéos gag d’André Lesca sont en passe de devenir un jeu de beuverie, aussi ludique que le paquito chocolatero prôné par la mairie les jours de fête. Il fallait voir, ce jeudi soir, un honnête travailleur passablement éméché s’offrant à la mire du sniper sur le pont Pannecau, au cri de « filme moi dédé ! ». C’est un peu le jeu des vachettes de Saint-André, le coup de corne en moins. Ne manque plus que le vuvuzela sud africain pour faire jaillir l’étincelle passionnée du bon grammage d’alcool, et voler avec passion dans le plumage de la palombière du Petit Bayonne. Un chant du cygne cependant, comme le dernier cotillon de l’aube, avant sommeil profond et gueule de bois. La fin de la récrée est déjà sonnée.
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