ACTUALITÉS DU PAYS BASQUESemaine du 07/06/2010 - Politique
La dernière danse des DémosCe sera une « mort glorieuse », promettent les Démos. 10 ans après la création de ce « bras non-armé de la population », les Démos s’apprêtent à tirer leur révérence, à leur manière, c’est à dire avec fracas et dans un ultime geste symbolique. Ils l'ont annoncé après un long sommeil, ce samedi à Bayonne, devant l’édifice flambant neuf du centre des archives. De cette dernière action que les militants jaunes projettent, on ne sait pour l’instant pas grand-chose, si ce n’est qu’elle aura lieu lors de l’inauguration de ce bâtiment tant souhaité à Bayonne et qu’il ne s’agira cette fois pas de subtiliser mais bien de rendre à César. En l’occurrence, le registre du Biltzar du Labourd, confisqué d’autorité à Pau, un jour de juin 2000, dans l’attente de la création d’un pôle d’archives au Pays Basque. Un document historique, vieux de plus de deux siècles, et hautement symbolique, puisqu’il consigne la derrière délibération de l’assemblée des élus basques, au lendemain de la Révolution française, contre la création du département des Basses-Pyrénées et en faveur d’un département Pays Basque. En plein débat sur le statut institutionnel du Pays Basque, les Démos, abréviation de « démocratie pour le Pays Basque », passent le relais.
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Il faut dire que ces personnages, inspirés par des principes d’agitprop et d’actions non-violentes, parfois recouverts de masques blancs sans expression, parfois à visages découverts, toujours vêtus de jaune, ont fini par payer un lourd tribut à leurs engagements en faveur d’un département Pays Basque, d’une reconnaissance de la langue basque et du rapprochement des prisonniers basques. A mesure que leurs actions éclatantes défrayaient la chronique et que leur popularité augmentait, les réactions policières et judiciaires se sont faites plus fermes. En 2007, 700 personnes avaient participé à une centaine d’actions des Démos. En seulement deux années, 97 Démos furent inculpés, au fil de 16 procès, dont les plus retentissants resteront gravés dans la conscience collective basque. Images d’un tribunal faisant usage de la force au sein même du prétoire pour évacuer quelques jeunes militants non-violents qui réclamaient de parler en basque et balayant du même coup les figures respectables de la culture basque qui assistaient au procès.
Une histoire commencée aux premiers jours de l’an 2000, sur le mur de la prison de Bayonne pour réclamer le rapprochement des prisonniers basques, avec déjà le sens de la symbolique. La note d’humour viendra bien vite, lors de la récupération de ce précieux registre du Biltzar labourdin, réalisé par un étudiant inscrit aux archives de Pau sous le doux nom de Dominique-Joseph Garat, comme le député basque de la Révolution française qui s’éleva contre les Basses-Pyrénées. Les Démos le mettront d’ailleurs en scène, le faisant ressusciter, en quelque sorte, pour protester. Ce registre sera entièrement numérisé pour en permettre la consultation publique, et apparaîtra de temps en temps au Pays Basque, le temps d’un hommage, ou avec une Marianne « libérée » d’une mairie Basque.
Une peine jamais effectuée, mais une promesse tenue
Le tribunal a donc distingué les peines, entre ceux qui avaient soustrait des copies de documents depuis le centre palois, et ceux qui pendant ce temps auraient mis la main sur l’original du registre des délibérations “profitant de la diversion”. Dans les deux cas, la condamnation a été plus importante que la réquisition du procureur lors du procès en appel du 15 avril 2004. Dès le jugement, les Démos ont annoncé qu’ils ne paieraient « pas un centime », estimant qu’il s’agissait d’une “action légitime”. En s’emparant d’archives du Pays Basque, les démos avaient souhaité la création d’un centre d’archives en Pays Basque. Un projet qui a fait son chemin, puisque l’ouverture d’un centre d’archives à Bayonne était annoncée dès 2006. Les démos avaient toujours indiqué que le registre serait restitué à un centre d’archives du Pays Basque.
L’action avait également été l’occasion de rappeler le contenu des registres datant de la Révolution : la revendication de création d’un département Pays Basque par les élus du Biltzar du Labourd. “Si nous devons aller en prison pour avoir demandé ce que la grande majorité de la société du Pays Basque souhaite, et pour avoir pris le relais de nos ancêtres, nous irons !” avait martelé Jean-Noël « Txetx » Etcheverry à l’issue de cette condamnation. En 2010, à la veille de rendre le précieux registre, les Démos n’ont toujours pas payé cette amende, et aucune peine de prison n’est tombée. Lors du procès, 143 personnes s’étaient auto-inculpées de cette action. En revanche le tribunal de Pau, ce 1er Juillet 2004, n’a nullement condamné les Démos à rendre le registre.
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