ACTUALITÉS DU PAYS BASQUESemaine du 07/06/2010 - Économie/SocialLe paternalisme social et autoritaire de Jean-Marc CharrittonCertaines traditions dans le pays d’Hasparren ont la vie dure. Le groupe Lauak à Ayherre emploie 280 salariés, et il n’y a pas de syndicat. Pis, si un salarié est considéré un peu trop revendicatif par la direction, il est écarté. Le côté obscur de l’entreprise a été mis au jour jeudi par la CGT qui a organisé devant l’usine une distribution de tract pour dénoncer les conditions de travail instaurées par Jean-Marc Charritton, pdg « de droit divin » de ce fleuron de la sous-traitance aéronautique locale.
Ils soutiennent PBIDerniers ajouts
Actualités du Pays BasqueCultureChroniques
Une cinquantaine de militants de la CGT, extérieurs à l’entreprise, ont alerté les médias sur la situation d’un délégué du personnel dont la direction veut se débarrasser. Gilbert, 54 ans, n’est pas syndiqué. Il a été mis à pied par la direction en mars pour faute. Délégué du personnel, l’Inspection du travail, ainsi que le Comité d’entreprise, se sont opposé à son licenciement. Il est en grave dépression depuis. Son épouse et la CGT ajoutent que les pièces produites par Gilbert ont été sabotées, afin de permettre l’accusation de faute. La CGT déclare disposer de témoignages de collègues confirmant le coup monté. Salariés vidéosurveillés La direction, sollicitée par les médias locaux, n’a pas souhaité répondre aux accusations. Et elles sont nombreuses. Installation de caméras dans l’enceinte de l’usine pour contrôler les ouvriers, coups de téléphone aux salariés malades, pauses café et cigarettes interdites,… L’ambiance décrite par la CGT est orwellienne. L’épouse de Gilbert résume la situation : « les ouvriers ont peur ». Tout est fait pour cela. Les représentants du personnel —obligatoires dès que l’on a plus de 10 salariés— seraient choisis par la direction. Ce qui n’était pas le cas de Gilbert. Et qui en paie le prix aujourd’hui. Des dizaines de licenciements à l’amiable seraient en cours. C’est la fameuse rupture conventionnelle du contrat de travail introduite dans la législation française voilà deux ans. Dans une relation aussi asymétrique entre l’employeur et son salarié, doublé d’une « organisation répressive » (dixit la CGT), difficile de s’opposer au départ voulu par son patron. Ces éléments constituent le dossier à charge pour la gestion paternaliste autoritaire de l’entreprise. Du côté du paternalisme social on trouve une crèche d’entreprise, un ostéopathe à disposition du personnel, et des salaires (individualisés) en moyenne supérieurs à ce qui se pratique dans la branche. Le XIXe siècle ayant néanmoins fait son temps, du côté des bonnes œuvres on trouve les actions de sponsoring plus contemporaines : le logo s’affiche à Jean Dauger et sur les joueurs de l’Aviron, dans les masters de pelote du trinquet moderne de Bayonne, le passage de Xala par l’entreprise est rappelé, et l’équipe cycliste Sud-Gascogne ou le Rallye du Pays Basque subventionnés. Dynastique comme les maîtres de forges ? L’aspect familial de l’entreprise peut également faire songer aux familles des maîtres de forges. Lauak est souvent présenté comme une PME familiale. Pratiquement de sympathiques artisans. Passés 250 salariés, l’Insee ne parle plus de PME, mais le groupe Lauak est suffisamment saucissonné en plusieurs sociétés (Eskulanak, Ticem,…) pour pouvoir revendiquer encore le titre et « la souplesse d’une PME, la force d’un groupe ». Avec un chiffre d’affaire inférieur à 50 millions d’euros annuel —il est de 30 M€ en 2009— Lauak est dans les clous de la définition de l’Insee. Familiale, la PME l’est sans aucun doute. Dynastique même. Jean-Marc Charritton fonde le groupe en 1975. Il est PDG de toutes les sociétés du groupe. Son épouse en est la DRH. Directeurs également le fils Mikel à Eskulanak SAS, et le frère Xavier à Ticem SAS. D’autres membres de la famille disposent aussi de postes avantageux. Le Prix de "l’Aquitain de l’année" attribué à Jean-Marc Charritton en 2008 par la Banque Populaire du Sud-Ouest et par le quotidien Sud-Ouest a pu être ainsi savouré en famille. 2M€ d’argent public pour Lauak en 2009 Un dernier aspect a été pointé par la CGT. Celui des subventions publiques à l’entreprise. Les collectivités locales peuvent-elles accorder, sans mot dire, des financements publics à des entreprises privées soupçonnées de bafouer le code du travail ? La question peut se poser en particulier lorsqu’un Conseil régional de gauche accorde 513.750 euros l’an dernier pour l’agrandissement de l’usine à Hasparren. La CGT a peut être l’oreille des élus du Front de gauche qui soutiennent Alain Rousset à l’Hôtel de Région à Bordeaux. Les collectivités ont-elles leur mot à dire ? On comprendra que le Conseil général de droite ne se pose pas la question pour les 578.000 euros octroyés pour ce même agrandissement. Ni même le Feder et son million d’euro (les sociaux-démocrates sont à la peine ces derniers temps dans l’Union Européenne), toujours pour cette opération immobilière et d’achat de matériel innovant. Sous traitant aéronautique, le groupe Lauak a pour principal client Dassault Aviation, Airbus,… mais on trouve également Israël Aerospace Industries. On ne sait si le groupe Lauak s’embarrasse de considérations géopolitiques, mais on peut se demander ce qu’il en serait si contrat avait été passé avec une agence iranienne, ou avec l’Afrique du Sud d’avant 1989. Malgré la crise, le groupe s’en sort pas trop mal. Il dispose depuis 2002 d’une filiale au Portugal (ses 104 ouvriers n’ont pas les mêmes salaires qu’à Ayherre, faut-il le préciser), et il a acquis au printemps l’usine d’Equip’Aero Production à l’Isle-Jourdain (Gers). Un développement facilité par une baisse de l’euro par rapport au dollar qui favorise les exportations. A cette occasion, la direction était plus diserte. |
PublicitéPublicité |