ACTUALITÉS DU PAYS BASQUESemaine du 17/05/2010 - Économie/Social
"Il est temps de freiner ces trains et cette fuite en avant"Martine Bouchet, membre du CADE, est depuis la semaine passée la Présidente du Collectif Mouguerre Cadre de vie, mais n'est pas encore aguerrie aux demandes de la presse, ou aux discours devant les élus. Dans le TGV qui amènent 6 d'entre eux vers Strasbourg, où sera remise très protocolairement la Charte d'Hendaye du front européen anti-LGV, elle relit une nouvelle fois ses notes, mémorise les noms des euro-députés qui se sont inscrits à cette journée spéciale, et ne s'attarde pas sur ces candidats qui ont brigué une place pour le Grand Ouest aux dernières Européennes, et qui se font fait porter pâles.
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Que cela soit dans l'entourage UMP d'Alain Lamassoure ou dans le camp socialiste, ce dossier n'avait pas de quoi faire dérailler le train-train de leurs programmes du jour. Dix heures de train aller, et une auberge de jeunesse qui les attend ce lundi soir à Strasbourg : pour les membres du CADE, ce voyage au Parlement Européen représente clairement l'aboutissement d'une réflexion de citoyens qui demandent à ses élus de réfléchir avec eux à leurs préoccupations dans des domaines - l'aménagement du territoire, la protection de l'environnement, le choix de société induit par la très grande vitesse. Des grands mots dans les intentions et les textes de loi, des gros mots quand ils les jettent à la face d'élus qui connnaissent moins bien les dossiers qu'eux-mêmes. La LGV, cela fait près de 15 ans qu'ils en étudient les moindres détails, réfutent les hypothèses les plus farfelues, synthétisent une littérature complexe sur le sujet, et en restituent une voix de plus en plus entendue, ici au Pays Basque nord, mais également dans le Centre et l'Ouest de la France, en Espagne, en Italie et même désormais en Europe du Nord. "Au moment de la conception de la Charte d'Hendaye", explique Martine, "on s'est rendus compte les uns et les autres à quel point les mêmes logiques de passages en force des infrastructures s'appuyaient sur des étapes similaires". De l'avis de tous les collectifs européens, l'opposition de la population semble une simple donnée à prendre en compte, dans le paragraphe "Dialogue et Concertation" en France par l'opérateur RFF, dans le chapitre "Ultra-Gauche et Libertaires" en Italie, où le mouvement NO TAV NO MAFIA tente de résister au projet, à la radicalisation de leur mouvement, mais également à la caricature que la presse berlusconnienne lui réserve. "Demain, ce rassemblement européen a juste comme ambition de prouver que ce qui nous unit tous, c'est la même exigence, celle de voir une convention européenne comme celle d'Arrhus appliquée concrètement", et pas uniquement exhibée comme une vague médaille militaire de la victoire du droit des citoyens à disposer de l'information préalablement à tout grand projet d'infrastructure. Rien de révolutionnaire pour ces militants du CADE, mais de nombreux bus et trains convergent vers Strasbourg, les Renseignements Généraux parisiens n'ont pas dissimulé leurs inquiétudes, "des Basques qui rejoignent des Italiens, hummm...", ce qui a le don d'agacer Martine Bouchet. "On espère que les appréhensions policières demain ne vont pas déboucher sur un afflux excessif de forces de l'ordre devant le Parlement. A minima, cela risquerait de nous déranger dans notre emploi du temps très serré, mais, au pire, cela pourrait déboucher sur une tension, voire des heurts que nous ne souhaitons pas". Si la judiciarisation de leurs exigences sera l'inévitable étape suivante, la radicalisation du mouvement, ou du traitement que lui réserve les autorités, serait un vrai souci. "S'il fallait concevoir que nous ne pouvons plus aller à une manifestation avec nos enfants sans craindre pour eux, ou à une réunion publique sans risquer de perturber nos vies, alors, immanquablement, cela serait de nature à affaiblir notre mouvement, qui se nourrit jour après jour du sentiment général de colère et de consternation, mais dans une dimension communément citoyenne, pas radicale", estime-t-elle. Les mentalités ont vocation à évoluer, "celles de nos élus en particulier, qui n'ont pas saisi à notre connaissance les enjeux de société de la très grande vitesse, ou encore pensent toujours que la LGV est une opportunité environnementale, là où chaque km de nouvelles lignes a un coût CO2 épouvantable". Demain, avant d'être absorbés par les couloirs du Parlement et les méandres de sa politique, ils auront les idées claires, et, entre les mains, la charte traduite dans les 23 langues des 27 Etats-membres. "L'Europe est un actionnaire financier important de ce projet transnational, considéré comme prioritaire n'°3 pour la Commission européenne : autant qu'ils sachent tous ce qu'ils sont en train de signer". Les kilomètres filent, les éoliennes défilent, les socialistes et les euro-députés se défilent, "il est temps de freiner ces trains et cette fuite en avant", gronde Martine... |
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