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ACTUALITÉS DU PAYS BASQUE

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Semaine du 31/01/2011  - Économie/Social
greba-donostia

Au Pays Basque sud, le rêve général de tout syndicat

Écrit par Rédaction

Le Pays Basque sud, ses pintxo, ses beautés portuaires langoureuses, son bon air festif, ses grèves générales. Dans le rôle du tour-opérateur bayonnais, la fondation Manu Roblès Arangiz proposait, jeudi 27 janvier, de faire découvrir cette dernière pratique, en plein essor dans la Communauté autonome basque et en Navarre. Depuis mai 2009, c’est la troisième fois que les syndicats basques appellent à la grève générale, notamment les deux principaux, LAB et ELA, dont le pendant au Pays Basque nord est la fondation Manu Roblès Arangiz. Une occasion de se glisser au cœur d’un militantisme syndical tranché en laissant traîner ses yeux et ses oreilles, au prix toutefois de quelques heures de sommeil.

Ils soutiennent PBI

Chroniques

  1. Les syndicats enseignants jettent le bébé avec l'eau du bain

    Pas vu, pas pris

    Le Conseil Départemental de l'Education Nationale (CDEN) s'est penché le 25 janvier dernier sur les subventions du Conseil général aux collèges de l'enseignement privé. Les syndicats enseignants ont vivement critiqué cette manne publique pour le privé. C'est une tradition.

  2. Du déni de justice

    Pas vu, pas pris

    Michèle Alliot-Marie file du mauvais coton.

  3. Ice Asch

    J'me comprends

    "L'expérience d'Asch, publiée en 1951, est une expérience du psychologue Solomon Asch qui démontre le pouvoir du conformisme sur les décisions d'un individu au sein d'un groupe. [...]". Lire la suite sur wikipédia. Exemple ici (Caméra cachée. Principe : tous les participants sont complices sauf un qui a le choix (naturellement) de se conformer ou non à ce que fait/dit la majorité).

  4. Pink Gégène

    J'me comprends

    "[...] À la question : « comment pourrions-nous concevoir un système de production qui optimise la haute qualité des produits, qui réduit les déchets, qui prend en compte l’équilibre dynamique de la biosphère et qui réduit le travail humain répétitif et machinal ? », une telle économie s'organiserait comme suit : 1) Répertorier les ressources planétaires. 2) Décider ce qu'il est nécessaire de produire, en se fondant sur le strict minimum (comme la nourriture, l’eau, le logement, etc.) en passant par des produits utilitaires (matériaux bruts, machines automatisées, développement technologique, etc.) jusqu'aux produits utilisés à des fins non-utilitaires (divertissements, radios, instruments de musique, etc.). 3) Optimiser les méthodes de production | maximisation de la durée de vie des produits. 4) Mettre en place des méthodes adaptées de distribution pour accéder aux produits. 5) Optimiser le recyclage de ces produits qui peuvent devenir obsolètes ou inopérants.[...]" [source : wikipedia]. On le droit de rêver, c'est ce qu'a fait Jacque Fresco avec son projet Venus.

  5. Yourte, tipi, caravane, lacrymo : chassez l'intrus

    Chronique

    Le procès de Léa et Tom qui avaient fait appel pour surseoir à la destruction de leur yourte, a eu lieu ce jeudi 17 février à Toulouse sur fond de violence policière. Compte-rendu d'une audience ubuesque parfois, politique sûrement, qui a le mérite de remettre sous les feux de la rampe, deux mois après son adoption, quelques uns des ingrédients frelatés de la loi Loppsi 2 : dénonciation et traque aux pauvres.

  6. Les Béarnais moyennement plus riches que les Basques

    Insolite

  7. Démission ou révocation, monsieur le député ?

    Fenêtre sur Cour

    Ces derniers jours, Arnaud Montebourg a demandé la démission de Mme Alliot-Marie comme il avait demandé celle de Bernard Kouchner, lui-même ministre des affaires étrangères, le 2 janvier 2008.

 

Greba500
Il est six heures à Irun lorsque les portières des voitures claquent et résonnent dans les allées désertées de l’une des six zones industrielles de la ville. Les visages encore froissés semblent figés par le froid. Chaque syndicat distribue ses couleurs. Drapeaux rouges pour Lab, verts pour Ela, et Ikuriña pour mettre tout le monde d’accord, dans une même harmonie de couleur. Un cortège d’une soixantaine de personnes s’ébranle dans la nuit pour se livrer au premier rite de la journée, au diapason de centaines d’autres groupes semblables dans tout le Pays Basque. Un folklore syndical qui a ses coutumes, dûment encadrées par la police basque et leurs bérets rouges des plus typiques. Presque un spectacle de rue, une passe de joie qui consiste à signaler l’occupation sonore de la rue en faisant du porte-à-porte, et une longue halte chantée devant chaque enseigne allumée. Plutôt faciles à repérer, en ces heures nocturnes, les entreprises qui ne respectent pas la grève.

Des pétards claquent, les porte-voix hurlent des slogans en faveur de la grève générale, repris à pleine voix par les manifestants. Ici, le rideau s’ouvre. Le responsable syndical de l’entreprise est au boulot. Il le regrette mais explique que son syndicat s’est plié à la majorité des votes, et a perdu de peu la grève, au nom du principe d’une « assemblée contraignante » au sein de l’entreprise. Une tradition syndicale qui prône le « tous ou personne » au sein des salariés.


Plus loin, les portes se ferment, les travailleurs se cachent. Les porte-voix les débusquent avec humour, rappelant les enjeux de la mobilisation, contre la réforme des retraites et le recul de leur âge légal à 67 ans. Derrière les vitres d’une autre entreprise, les salariés s’activent, offrant une scène lumineuse dans la nuit. Ils sont la risée des mégaphones qui finissent par s’expliquer dans les interphones. Le spectacle est dans la rue, ponctué du bleu clignotant des voitures de police, avec pour toile de fond des milliers d’affiches, en basque et en espagnol, annonçant cette journée de grève générale, ainsi que des pochoirs ou de simples slogans peints sur les murs.

Un solide travail d’affichage a été réalisé au préalable de cette journée. Lorsque le jour se lève, de longues frises oranges indiquant « Huelga general » ou « Greba orokorra » se sont substituées à l’agitation habituelle. La plupart des rideaux de commerces restent clos. Ambiance dominicale à Irun. Une partie du cortège éparpillé se retrouve nez à nez, par vitre interposée, avec un trio de retraités baignant dans un jacuzzi. Regards ironiques en enroulant les drapeaux pour les uns, furieux dans leur bien être bouillonnant pour les autres. Dommage pour les amateurs de cafés, sur toute la longueur du Paseo Colon les bars suivent la grève au mieux. A deux pas de la mairie, les bus font déjà le plein de militants, laissant d’autres colonnes occuper les rues d’Irun. Direction Donostia, en moins de temps qu’il n’en faut pour se restaurer et se délasser.


Le tempo est bon à Amara, terminus des bus de Saint-Sébastien. Quelques responsables syndicaux semblent tenir le chronomètre en main et la belle discipline qui règne dans les rangs des grévistes leur facilite la tâche. La belle Easo semble prise dans la même torpeur dominicale que sa petite sœur Irun. A un bar près, ouvert sur le boulevard, non loin de là, étrangement fréquenté par de nombreux retraités, un œil sur leurs cafés au lait, l’autre plus inquiet, sur cette place où se déversent dangereusement des bus de syndicats pleins de banderoles hostiles à la réforme des retraites. Il va bientôt être temps de tirer le rideau sous peine de s’attirer des centaines de regards hostiles. Le cortège démarre justement, en bon ordre, respectant les justes proportions de rouge et de vert et des motards de la police ouvrent la marche. Une solide manifestation, qui constitue une colonne parmi d’autres dans la ville, et une feuille de route bien précise, façon objectif militaire.


Après les grands boulevards, les manifestants, solidement armés de mégaphones, de tracts et de slogans éprouvés, prennent possession du quartier de la cathédrale pour débusquer les snipers isolés qui tiennent boutique un jour de grève générale. La manifestation prend alors l’allure, une nouvelle fois, d’un théâtre de rue, auquel ne résistent ni les passants amusés, ni les commerçants contrariés qui finissent par baisser le rideau dans un geste d’excuse balbutiée.


 

 

 

 

grebda500Le rituel est immuable. Dès qu’ils entendent le fracas de la manifestation, les rares commerces ouverts mettent leurs clients à la porte avec empressement et ferment leurs portes. Les étourdis ont droit à l’arrêt complet de la manifestation, des centaines de paires d’yeux qui les dévisagent avec l’air hautain de se battre pour eux, et une brigade légère d’une dizaine de mégaphones qui leurs expliquent la situation sur le ton d’une confidence hurlée. « Grève générale ! Grève générale ! ». Malgré le ton bon enfant et une présence policière de chaque instant, le rideau ne tarde jamais à se baisser et les clients, profils bas, de traverser la manifestation sous l’accusation silencieuse de briseurs de grève. Des pétards de gros calibres claquent en ponctuant la marche de fête et de frayeur. La colonne avance à grands pas, sans bavardage, mais en annonçant avec force slogans la poursuite de la patrouille dans le quartier.


Devant le rideau métallique mi-clos d’un café, l’un des heureux bénéficiaire d’un mégaphone s’exclame : « c’est un récidiviste ! Il était déjà ouvert le 29 juin ! ». La sanction est immédiate. Une jeune femme s’approche de la devanture et recouvre la serrure de gros scotch. Un autre manifestant claque le rideau d’un geste sec. Le contrevenant aux grèves générales est enfermé dans son commerce. Son voisin, qui tient une boutique de vêtements, tente de négocier avec les manifestants, faisant valoir sa dure condition de petit patron. Les manifestants entonnent la grève générale sans s’émouvoir, jusqu’à ce que ce dernier s’avoue vaincu, plutôt beau joueur.



Contrairement à Bilbo et à Gazteiz, où de violents heurts ont opposé les forces de l’ordre aux manifestants, la police n’interviendra pas à Donostia, laissant les syndicats gérer la situation. Pour le meilleur. Même devant le siège de la banque d’Espagne, les manifestants ne se défouleront que dans la bonne humeur, entonnant un joyeux « Ici, c’est la caverne d’Ali Baba ! », stigmatisant de leurs portes voix une bonne quarantaine de voleurs. Le même slogan retentira devant la Diputacion foral de Gipuzkoa, pour prendre à parti le gouvernement basque, avant que l’appétit ne l’emporte. Toujours dans le soucis d’une organisation méticuleuse, des cartons débordants de sandwiches ont surgit fort à propos devant le bâtiment, donnant le signal d’un casse-croûte militant. Vin rouge et charcuterie, sous un bon soleil d’hiver, ont redonné des forces aux manifestants, pour une marche forcée à l’autre bout de la ville, quartier Antiguo. Et nouvelle mobilisation.

Cette fois, plusieurs colonnes convergent, devant l’imposant bâtiment de la police basque. Deux tracteurs aux couleurs du syndicat paysan Ehne ouvrent la marche. Et opèrent un retour au centre de la ville en bordant la baie de la Concha, entraînant un cortège fourni qui, depuis l’hôtel Londres, continue de surgir du tunnel d’Antiguo. Au pied de la cathédrale, la manifestation s’arrête calmement. Des rues perpendiculaires jaillissent d’autres manifestants, qui se connectent au cordon principal en bon ordre, rangés derrière leurs banderoles respectives. Ceux là viennent de toute la province et après une mobilisation dans leurs villes, rejoignent le défilé final. Des klaxons sourds brisent soudain les discussions et deux camions fendent le rassemblement dans la longueur, jusqu’à prendre la tête d’un nouveau départ. Un slogan unique égosille tout le cortège avec les premiers pas : « Greba orokorra ! ».


La ville semble pétrifiée dans cette clameur qui remonte les rues désertes. Les passants se figent. Seuls quelques spécimens flamboyants d’une retraite dorée dans la cité balnéaire, croisent la manifestation qui vaticine, en feignant la désinvolture, drapés dans une posture de vison. Un choc de classe qui n’entame en rien la détermination des salariés dans leur marche résolue vers la mairie. C’est là que se dresse une scène, face au boulevard qui contient les milliers de manifestants. Les responsables de LAB et d’ELA clôturent cette journée de mobilisation en assénant quelques vérités simples qui font mouche dans les rangs des grévistes, sous le bruissement d’une haie de drapeaux. A l’applaudimètre, l’idée selon laquelle les retraites pourraient être payées avec l’argent de la LGV triomphe. Là encore, les gouvernants sont traités de « voleurs ».


Le temps d’un chant partisan, poing levé, qui confère à la rue une dimension grave, les militants disparaissent vers les bus du retour qui absorbent déjà la foule, ou dans les rues de la capitale du Gipuzkoa. Aucune chance n’est accordée au traditionnel potéo d’après manif. 15 minutes après la fin des discours, la rue est libérée, scène et sono sont démontées et seuls les tracts qui jonchent le macadam attestent de la réalité de cette manifestation. La logistique, une fois de plus est impressionnante et ferait l’admiration de tout syndicat. La culture syndicale est ici très vivace, sans doute encouragée par des actions emblématiques, comme des grèves de plusieurs années alimentées par des « caisses de résistance », pratique propre au syndicat ELA.

Reste que le lendemain, le Conseil des ministres espagnol a approuvé le report de l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans. Une réforme annoncée le même jour qu’un taux de chômage dépassant, pour la première fois en 13 ans la barre des 20%. A la pression de la rue, le gouvernement espagnol répond par la pression des marchés, des investisseurs et des grandes institutions économiques, qui réclament depuis 2009 des réformes du marché du travail, du système bancaire et des retraites, et doutent de la solidité financière de l’Espagne après la crise irlandaise à la fin 2010. La fameuse « caverne d’Ali Baba et les quarante voleurs », cet autre monde devant lequel existe aussi un rideau de fer. Fermé.

 

 

 

    

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