KRONIKAKSemaine du 17/01/2011 - Fenêtre sur CourUn salaire maximum écologiqueAujourd’hui, le minimum est à toutes les sauces : minimum d’insertion, étudiant, vieillesse, imposable, garanti, d’activité, d’existence, universel… mais qu’en est-il du maximum ? Ils soutiennent PBIDerniers ajouts
Actualités du Pays BasqueCultureChroniques
A l’approche de la prochaine campagne, les partis de gauche, bille en tête, évoquent la nécessité d’instaurer un salaire maximum autorisé. L’idée est de réduire les écarts de salaires qui deviennent de plus en plus révoltants dans une société où la crise n’épargne personne, abstraction faite des plus nantis, gauche caviar comprise.
Qu’est ce qui peut légitimer dans une société démocratique libre, égale et fraternelle un tel écart, si ce n’est le fait, que cette disproportion est effective parce que ceux qui gagnent ces rémunérations sont ceux qui décident du fonctionnement du monde et du montant de ses rétributions ? En clair, ils ont les moyens de confisquer notre démocratie, compte tenu de leur influence et de leur connivence avec nos élus.
Dans les institutions ou entreprises publiques, voire semi publiques la notion d’intérêt général est bafouée par des énarques pantouflards qui perçoivent des revenus qui dépassent l’entendement.
Cette limitation des rémunérations à 5 fois le smic changerait-elle la physionomie du monde ? Pour les 1%, certainement ! pour les 99% restant, pas fondamentalement, hormis le fait que cette borne salariale permettrait à l’Etat ou aux entreprises d’engranger des milliards de recettes supplémentaires qui soutiendraient l’emploi, la formation et la compétitivité comme l’évoquent de nombreuses simulations rigoureuses. En instaurant un plafond de revenu maximum équitable, les efforts collectifs seraient plus facilement négociables et applicables.
Il est paradoxal de constater que ce sont très souvent ceux qui ont les revenus les plus bas, qui prennent la défense des plus fortunés. Il faut voir avec quelle hargne, ils justifient les revenus mirobolants des stars du show biz, des sportifs de haut niveau, des hommes politiques, des puissants hommes d’affaires, comme s’ils procédaient à un transfert corporatiste, au cas où, ils gagneraient au loto.
La responsabilité et le stress ne sauraient justifier de tels écarts. Le confort et l’espérance de vie de ces 1% de privilégiés sont très nettement supérieurs à celui de plus de la moitié des français. Le risque d’accident de travail pour les ouvriers est 19 fois plus élevé que pour les cadres et chefs d’entreprises (Insee). Pour les présidents des entreprises du CAC 40 et les dirigeants des grandes entreprises, ce risque est quasi nul, hormis l’infarctus de la bonne chaire et du bien être.
Aujourd’hui tous les ingrédients sont réunis pour envisager que les partis, surtout de gauche, intègrent cette disposition à leur programme politique de campagne : statistiques sur les inégalités salariales, transparence des salaires, scandales à répétition, suffisance et morgue des seigneurs de la finance, crise économique etc. Au regard de l’actualité, des blogs, des réseaux sociaux, ce sujet est déjà un enjeu de la prochaine élection présidentielle, d’autant qu’il s’inscrit, à bon escient, à la réflexion menée par les socialistes sur l’égalité réelle qu’ils nous promettent. ( Rappelons néanmoins que cette idée n’est pas tout à fait nouvelle, le candidat du Modem proposait déjà l’instauration d’un revenu maximum dans son précédent projet pour la France).
Volonté idéologique, retour aux valeurs humanistes, la barre à bâbord toute ou simplement pur opportunisme démagogique, comme à l’accoutumée ? Est ce une proposition crédible ?
Souvenons nous de la précédente campagne électorale lorsque Ségolène Royal nous promettait un SMIC à 1500 euros pour nous révéler après son échec que cette proposition n’était pas crédible: « Par exemple, le Smic à 1500 euros brut dans cinq ans, qui est une idée phare de Laurent Fabius, ou la généralisation des 35 heures, sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j'ai dû reprendre dans mon pacte présidentiel et qui n'ont pas du tout été crédibles. » La preuve est faite que pour être candidat, il n’est pas nécessaire d’avoir des propositions crédibles, il suffit, seulement, de faire croire qu’elles le sont ! MDR !
Procédons à un inventaire non exhaustif des propositions des partis de gauche concernant la fourchette entre le plus bas salaire et le plus haut. Europe Ecologie-Les verts préconise un écart de 30, le Front de Gauche, 20 ainsi que les Socialistes mais uniquement pour les entreprises dont l’Etat est actionnaire (pour les autres entreprises apparemment rien de très précis) Attac 5, le NPA 3…
Pourquoi les trois partis de gauche ne proposent-ils pas un écart correspondant à la situation actuelle de 99% des français. Cette promesse qui pourrait être tenue sans aucune difficulté majeure ne coûterait pas un centime et rapporterait un petit magot à l’état. Le seul risque : s’attirer les foudres du 1% restant, mais pas n’importe quel 1% : les dominants, les privilégiés, les aristocrates de la démocratie.
Quand certains ténors du PS martèlent : qu’"il faut qu’un smicard travaille quatre vies pour gagner ce que gagne en un an un patron du CAC 40", un smicard peut aussi, rétorquer qu’il lui faut 10 vies pour gagner ce que gagne en moyenne un élu politique national vert ou PS, abstraction faite des très nombreux avantages qui accentuent l’écart : « téléphone, voiture de fonction, ordinateur, restaurant, déplacement, réception, voyage etc. » sans oublier le bonus d’une valeur immatérielle, jamais comptabilisée : reconnaissance, estime de soi, réseaux sociaux, confort, cadeaux… pouvoir et dévotion des médias ….! Il ne faut pas oublier de comparer, également, la différence abyssale de pouvoir d’achat entre un couple de smicards et un couple de l’élite, tel que celui de Montebourg, chantre de la création d’un revenu maximum autorisé, qui affiche, cuillère en argent dans la bouche, une transparence pleine de buée.
En retenant un écart de 5 fois le salaire minimum, ces trois partis, candidats potentiels aux fonctions suprêmes, ont évalué pragmatiquement qu’ils se mettraient à dos, leurs bailleurs de fonds ainsi que toutes les têtes de ponts qui ont un salaire aisément compris entre 5 et 30 fois le smic ;
En effet qui gagne aujourd’hui entre 85 000 € (5 fois les smic) et 323 280 € (20 fois le smic) voire 484.920 euros (30 fois le smic) si ce n’est les relais financiers et structurels indispensables pour galvaniser les électeurs et les mobiliser ? Les contrarier, c’est réduire ses chances d’être élu !
Pour preuve dans les réseaux de l’Economie sociale, vivier d’élus du Parti socialiste, certains dirigeants qui prônent la solidarité, l’égalité, la fraternité gagnent près de 450,000 euros par an. A la MAIF – assureur militant, (comme pour les autres mutuelles) le président directeur général, ancien instituteur militant gagne cette rémunération (ainsi que son directeur général ) alors que la mutuelle ne cesse de présenter un visage de militant social, coopératif dont les valeurs sont celles de l’équité.
On comprend mieux ainsi le choix réalisé, celui de retenir un écart qui reste indécent pour la très grande majorité des citoyens. D’ailleurs, Martine Aubry, Jean Paul Mélenchon, Eva Joly ne seraient-ils pas eux mêmes obligés de reconnaître qu’ils se trouvent bien au deçà de 5 fois le smic et que leur pouvoir d’achat, tout revenu confondu, les classe dans ce contestable 1% de français privilégiés.
En proposant cet écart de 20 et 30 fois le smic, les partis de gauche candidats au pouvoir ne prennent aucun risque et ne visent au final que leurs frères ennemis de Neuilly et du Fouquet’s. Si nous retenons la fourchette de 20, c’est à peine 0,03% des français qui seraient concernés. C’est tout l’art de la démagogie, flatter la multitude pour mieux la dominer. Proposer cette fourchette est un faux événement, une dispersion nauséabonde. Comment peut-on parler de changement sans se changer soi-même ?
Le pourcentage des écologistes est quant à lui surprenant ; ne serions-nous pas en droit d’espérer un multiplicateur plus rigoureux, voisin de celui défendu par les militants de la décroissance (5x) ?
Chaque jour nous entendons que la planète souffre, qu’il n’y a pas suffisamment de richesses pour satisfaire les attentes matérialistes de tous les terriens ; ce chiffre 30 contredit les propos péremptoires de l’ancienne candidate des verts qui annonçait cette semaine que «L'écologie est de gauche, ça a toujours été une évidence» ! Avec un tel écart, on doit frôler les 0,02% de la population française salariée, une infime partie de la droite.
Alors soyons pragmatiques et constructifs : la question n’est plus de mesurer l’écart entre tel revenu et tel autre mais de définir et de partager un niveau de revenu maximum de consommation décent qui nous permettrait d’assurer l’avenir des générations suivantes. A partir de quel montant, mes dépenses ont un impact négatif sur mon environnement ? quand je gagne 1, 5, 10, 20, 30, 190, 571 fois le smic mon comportement de consommateur est forcément nuisible ? quel est le montant plancher à partir duquel l’excédent de revenu doit forcément être investi dans des actions durables pour l’environnement ? D’ailleurs, Il n’est pas saugrenu, d’envisager que dans quelques années, des tribunaux aient à juger du comportement néfaste de certaines personnes ou groupes qui auront mis le patrimoine commun délibérément en péril ayant pour conséquence la « mise en danger de la vie d’autrui ».
L’instauration d’un revenu maximum autorisé ou d’un revenu maximum de consommation ou écologique devrait définir l’architecture d’un projet politique, répondant aux enjeux qui nous attendent. Harmoniser le revenu maximum écologique et les besoins de chacun nous obligerait à envisager de nouveaux rapports avec les objets de consommation et à partager, échanger ce que nous ne pourrions plus posséder individuellement. Il ne s’agit, en aucun cas, de réfléchir à l’édification d’une société collectiviste aliénante mais de redéfinir quelles sont nos priorités existentielles de notre très court passage sur terre. L’égalité réelle doit aller bien au-delà des simples considérations matérialistes et pécuniaires : « foule sentimentale, on a soif d’idéal… »
Extrait : Il se dégage Alain Souchon
|
PublicitéPublicité |