EH-KO AKTUALITATEASemaine du 24/05/2010 - Économie/Social
Strasbourg : quand le front anti-LGV européen évoque une nouvelle Guerre d'EspagneLa remise de la Charte d'Hendaye par le front européen anti-LGV au Parlement de Strasbourg, mardi 19 mai, n'a guère de points communs avec la visite d'élus du Pays Basque nord auprès du Ministère de l'Ecologie et des Transports.
Les élus sont allés au bout de la logique institutionnelle, se présentant à Paris tels les Bourgeois de Calais exigeant du dominant que soient épargnés leurs territoires. Mais la démarche des collectifs du Pays Basque nord et sud, des Pyrénées Centrales, de l'Est et du centre de la France, et du collectif italien No Tav du Val de Susa, ne relève pas de la fin de la route.
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Ressentie comme "une étape nécessaire" de ses revendications, cette opposition européenne a d'abord utilisé les tribunes offertes par Europe Ecologie et les centristes italiens de l'ALDE pour dénoncer un projet ferroviaire qui "ne peut traverser les territoires de notre présent et les ressources financières de nos enfants sans se poser la question de la nature de cet investissement public", comme le présenta le bouillant porte-parole de No Tav, Paulo Prieri. Débat ouvert vivement dès le matin, avec, comme seule opposition, la voix de Jean-Luc Benhamias, transfuge égaré du courant écologiste parti rejoindre les sirènes évanescentes du Modem de François Bayrou, à contresens de la tendance. Son intervention sur "un débat tranché depuis 20 ans entre la LGV et l'avion en termes de bilan carbone" aura permis aux uns et aux autres de constater que 10 heures de train et une nuit en auberge de jeunesse ne sont pas en mesure d'affaiblir le porte-parole du CADE, Victor Pachon : en une courte intervention, celui-ci conseilla au plumitif de "relire ses notes", et de constater que le débat portait "depuis au moins autant de temps" sur la comparaison entre les conséquences carbone des nouvelles voies LGV par rapport à l'utilisation des voies existantes.
L'après-midi, tous les collectifs furent unanimes pour conclure que la conférence de presse organisée "à l'attention de tous les journalistes présents" a tourné en petite plaisanterie, l'information n'ayant visiblement pas été assez nourrie en interne auprès des organes principaux. Mais l'essentiel n'était pas forcément là... Poignées de main, sourires paisibles, la réunion qui les rassemblait quelques minutes plus tard a précisément permis de faire le point de cette opposition qui, en quittant la salle du Parlement, a grondé : "Tous ceux qui évoquent ce projet de LGV en se laissant filer aux métaphores doivent comprendre que nous serons présents pour les faire retomber dans la réalité".
Dans la cafeteria, le rassemblement des principaux mouvements d'opposition aura défini un nouveau mot d'ordre commun, et de nouvelles pistes d'actions. Tous ont de fait une base identique, celle d'avoir interpellé depuis très longtemps leurs classes dirigeantes, essuyé leurs mutismes et leurs railleries, mais remporté la bataille de la population concernée. Depuis vingt ans pour certains, ils ont démonté un à un les arguments de prévision du fret, largement minimisé les communications gouvernementales sur "la LGV verte", et rappelé sans faillir le marasme financier de l'Europe : estimant acceptable de tenter le pari d'un nouveau maillage ferroviaire européen, les apprentis sorciers de la technocratie et les thuriféraires des bonnes affaires se révèlent surtout incapables d'anticiper la crise de leur monnaie, ou les déficits publics des pays membres.
"Ce temps-là est fini" n'avait eu besoin d'aucune traduction, se lisant à l'identique dans tous les yeux lors de l'entrevue entre les collectifs. Les priorités pour les prochains mois ont été clairement définies. Occuper le terrain des territoires traversés, collecte massive de nouvelles pétitions. Réfléchir à la co-organisation d'un colloque européen, pour imposer à tous la prise de conscience des changements sociaux que représente cette Très Grande Vitesse. Devenir une force de propositions alternatives, à même de rassembler tous ceux qui emploient encore les expressions comme "un autre monde est possible". Faire de la décroissance un thème commun à expliquer, façon bélier sur la forteresse Europe et ses transports indécents de marchandises pratiqués impunément par la grande distribution. Quitte à réveiller l'Histoire...
Le Val de Susa totalement militarisé pour permettre aux travaux de continuer malgré le refus des populations ? Un Pays Basque sud qui déploie la ertzaintza contre les militants d'AHT Gelditu à la moindre manifestation, ou emprisonne un maire pour avoir organisé une consultation populaire sur la LGV ? Une Europe qui continue à se croire autour d'une table de casino, et pense se refaire quand sa croissance artificiellement assistée par l'impôt ne peut plus empêcher son économie publique de foncer dans le mur, à la vitesse d'une rame LGV ? Laisser la gauche socialiste européenne voter dans le même sens que le courant de droite du Parti Populaire européen, pour tout ce qui touche aux questions économiques ? Les "Basta !" et "No pasaran !" ont plané dans un souffle silencieux après l'intervention d'un euro-député irlandais, venu les rejoindre en petite réunion.
"Ce que vous avez fait est un bel exercice de démocratie participative et de pression sur les institutions européennes, qu'il faut continuer et développer, mais il faut aller plus loin...", déclara-t-il en introduction. Puis, de poursuivre : "Il est impossible d'avoir confiance dans une majorité européenne qui pratique main dans la main une politique néo-libérale commune, teintée de relations permanentes avec le big business. Ce pouvoir populaire que vous représentez est un bon moyen de faire monter la pression, les politiciens ne réagissent que comme ça... Au Val de Susa, l'Etat italien ne peut pas construire ce projet sans envoyer une armée d'occupation là-bas, j'ai vu les forces de sécurité charger les militants de NO TAV, et j'ai lu ensuite les compte-rendus officiels niant ce que j'ai vu... Là-bas, mais également ailleurs aujourd'hui, et dans d'autres endroits demain.. Chaque cas doit aujourd'hui être considéré comme le retour nécessaire de la solidarité européenne et citoyenne ! Chaque territoire traversé est une blessure faite à chacun d'entre nous... Partout..." Nulle voix n'a cherché à minimiser l'impact de cette déclaration, sur laquelle tout le monde semble s'être reconnu.
Jusqu'à des représentants allemands, signant à leur tour la Charte d'Hendaye quelques minutes plus tard... Et celui-ci, d'indiquer aux autres : "A Moscou, où des projets de ce type ont commencé, les gens ont commencé à tirer au fusil contre les engins et les techniciens..." Autour des chaises, à mots plus couverts, des responsables de collectifs rappelaient que, dans diverses régions d'Europe, les palettes et vieux pneus, bien rassemblés, ne sont pas perdus pour tout le monde. Et précisent que ce n'est pas faute d'avoir indiqué haut et fort aux responsables politiques du projet LGV qu'ils auraient à "prendre également en charge ses conséquences vis-à-vis de la population qui le refuse"...
Une attitude bravache, sans conséquences ? Vendredi 21 mai, les Renseignements Généraux ont contacté des collectifs anti-LGV du Pays Basque nord et des Landes, pour savoir si "quelque chose" était prévu pour "accueillir" le Président de Réseau Ferré de France, venu poser la 1ère pierre d'un nouveau pont ferroviaire sur l'Adour. Non, rien n'était prévu… Les collectifs n'avaient pas le temps. Car ils ne manquent pas de projets... |
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