EH-KO AKTUALITATEASemaine du 10/01/2011 - Société
Les ultra-libéraux américains ne jurent que par le Bayonnais Frédéric BastiatLe trait est tout de même forcé. En lettres dorées sur du marbre blanc, les partisans de Frédéric Bastiat n’ont pas lésiné sur l’adjectif pour établir qu’au numéro 7 de la rue Victor Hugo, à Bayonne, est né en juin 1801 un « Économiste et humaniste universellement apprécié ». Si les thèses de ce libéral des lumières, pourfendeur du pouvoir de l’État, sont loin d’être « universellement appréciées », elles ont en revanche une dimension internationale singulière puisque c’est aujourd’hui aux Etats-Unis qu’elles trouvent une résonance concrète. Au sein de la droite ultra-libérale, qui vient d’investir ce mercredi, la Chambre des représentants de Washington en une majorité tranchée. Ils soutiennent PBIDerniers ajouts
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Paradoxe, plus de 160 ans après sa mort, Frédéric Bastiat n’est plus prophète en son pays que dans quelques cercles intellectuels ou conservateurs, au gré de colloques ou même de créations artistiques lorsque la compagnie bayonnaise les Lézards qui bougent fait de Bastiat la lecture d’un « humaniste, économiste, philosophe, juge de paix, homme politique », dans le cadre des journées du patrimoine. Une rue porte également son nom à Bayonne, qui serre de près le musée Bonnat. Une autre est à Paris. Pour le reste, le fond idéologique de Bastiat a franchi l’Atlantique depuis près d’un demi-siècle, jusqu’à se nicher avec une nouvelle ferveur au sein de la droite la plus libérale, portant l’étendard de Sarah Palin et John Boehner dans la reconquête du pouvoir Obama, accusé de renforcer le rôle de l’État.
Une récupération qui fait formidablement l’affaire. Le bayonnais appartient désormais à la tradition des républicains américains, depuis que ses principes du droit à la propriété et des libertés individuelles ont trouvé un sens quasi mystique dans leurs traductions anglaises, souvent rapproché des principes fondateurs de la Constitution américaine. Une histoire débutée il y a plus d’un demi-siècle, lorsqu’un homme d’affaire américain, Leonard Read, dans un nouveau courant néolibéral qui entend bouter la pensée collectiviste, diffuse un texte de Bastiat, intitulé « la loi », comme le manifeste de son opinion. Ce texte sera finalement édité et traduit en anglais en 1950, toujours à l’initiative du même lobby, et se vendra comme des petits pains de la pensée libertarienne aux États-Unis.
L’imaginaire conservateur américain a gravé dans le marbre quelques phrases redoutables de Bastiat, comme une posture arc-boutée pour limiter le pouvoir de l’État (« cette grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ») ou supprimer l’impôt sur le revenu, devenu une « spoliation légale » dans le vocabulaire bastien, même si le polémiste préférait ce terme pour fustiger le socialisme. Lequel le lui rendait bien. Critiqué en son temps par Marx et Proudhon, Frédéric Bastiat ne devra pourtant le salut de sa mémoire qu’à cette culture anglo-saxonne d’un libéralisme radical, trouvant finalement grâce dans les propos de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher. Jusqu’à ce regain dans l’offensive des Républicains américains contre le « plan de relance » du président Barack Obama.
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