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Depuis la création de Bizi en juillet dernier, le mouvement socio-écolo ne cesse de prendre de l’ampleur, au Pays Basque et en Europe. Un succès attesté par l’intérêt porté par les représentations internationales de défense de l’environnement au vigoureux collectif basque. Parmi les nombreuses organisations présentes cette semaine à Copenhague, le militantisme exemplaire de Bizi est souligné. A Bayonne, l’activisme du collectif détone en revanche par un mélange des genres, alternant négociations avec les élus et actions publiques spectaculaires, et brouillant les repères d’une identité qui puise ses fondements dans la militance basque sans toutefois en revendiquer les thèmes.
Si l’hebdomadaire français Politis a consacré cette semaine une double page à Bizi en sa qualité d’« acteur incontournable des mobilisations sociales et climatiques » qui convergent vers Copenhague, c’est plus par soucis d’illustrer un phénomène de société plus large qu’une initiative folklorique du bout de l’hexagone. Le collectif basque tombe sous le sens d’un mouvement émergent en France et en Europe, une gauche fluide, que les experts traquent à la lisière du parti socialiste, de l’extrême gauche et des partis écolos, dans les sédiments d’une gauche en peine. « Une troisième gauche » que Daniel Cohn-Bendit n’hésite pas à appeler de ses vœux pour mieux situer Europe Ecologie dans cette mouvance.
Ecologie sociale Mais une gauche qui échappe aux partis et reste moins dogmatique que culturelle, se construisant sur des enjeux actuels, qu’ils soient identitaires dans la construction de la mondialisation ou de l’Europe, environnementaux face à l’urgence climatique, ou sociaux comme le pivot des changements souhaités. Pour Txetx Etcheverry, coordinateur de Bizi, « l’urgence climatique et la justice sociale sont deux enjeux liés ». Selon lui, des sujets comme les licenciements annoncés dans le Fret SNCF ou le malaise des chauffeurs routiers « ne peuvent pas êtres envisagés sur un plan uniquement écologique ou simplement social ». « L’écologie aujourd’hui ne peut pas aller sans le social » conclue t-il, comme pour rappeler les deux axes de l’action de Bizi.
Pour autant, ce positionnement dans le vent n’explique pas le succès fulgurant d’un mouvement qui, ce samedi encore, cinq mois après sa création, se payait le luxe d’appeler les bayonnais à mettre du vert aux fenêtres de la ville, réunissait une soixantaine de militants dans les rues piétonnes de la cité pour un jeu public avant d’escalader le balcon de la mairie pour y déployer deux banderoles. Selon Txetx Etcheverry, il faut aussi situer Bizi au Pays Basque, où le groupe s’inscrit dans « une forte dynamique ». « Au Pays Basque, comme au Béarn d’ailleurs, on a davantage un sentiment de communauté. Les gens ici sont plus solidaires, et plus citoyens qu’ailleurs » affirme t-il. De fait, la culture militante du Pays Basque impressionne les organisations internationales telles que « Climate justice now » ou Les amis de la terre, de même que des experts comme Gilles Lemaire, Simon Laplace, ou Mathieu Doray, qui ont mis Bayonne sur leur agenda au fil des conférences, forum ou débats organisés par Bizi.
Identité Une culture militante clairement héritée des Démos, qui s’appuie sur un savoir faire abertzale sans pour autant revendiquer un quelconque thème lié aux prisonniers basques, à la reconnaissance du territoire ou à celle de l’euskara. De là à détourner les forces vives abertzale, il y a un pas que ne franchissent pas les militants de Bizi. « Pour nous c’est une manière de faire avancer la cause basque sans parler de cause basque » estime Txetx. « Ces revendications, on les vit. On s’insère dans des réseaux internationaux en affirmant notre identité basque et les autres militants voient tout de suite qu’on est dans un pays spécifique ».
La dynamique Bizi ratisse large et les militants en vert sont aujourd’hui près d’une centaine, avec un nouveau contingent d’une vingtaine de personnes chaque mois. Des militants aux profils différents, parfois inconnus aux bataillons habituels du Pays Basque, qu’ils soient politiques ou culturels. « À Bizi, il y a un côté pragmatique et radical qui plait aux gens » estime Txetx, qui explique également ce succès par « une attitude de proposition ». « Quand on défend le chrono bus, ce n’est pas pour servir la soupe aux élus, dit-il. On rencontre des gens de droite mais on garde la ligne radicale d’un mouvement anti-capitaliste ». Une façon, plaide t-il, de ne « pas attendre pour faire la révolution ». Rupture avec une gauche protestataire et mine de rien, clin d’œil à la « révolution douce » de l’écologie politique.
Bataille climatique Mais reste le fond du sujet qui intéresse Bizi et ses militants, une situation climatique catastrophique qu’il faut normaliser au plus vite. « La bataille doit se gagner dans 10 ou 15 ans. C’est rare dans l’histoire de jouer sa peau en si peu de temps » lance Txetx. Aujourd’hui, les rapports scientifiques estiment qu’il n’est pas impossible que la température moyenne du globe augmente de 7° d’ici à la fin du siècle. Il aura fallu 10 000 ans pour que la terre se réchauffe de 5° pour évoluer de la période glaciaire jusqu’à notre époque, avec les bouleversements climatiques que cela suppose. Si le Plan climat est adopté, on vise néanmoins les 4° degrés d’augmentation dans le siècle. Les énergies fossiles s’épuisent. La génération suivante devra lutter contre les effets du dérèglement climatique avec moins de ressources énergétiques.
Jeudi soir, une vingtaine de militants de Bizi prendront le train pour rallier Copenhague et participer, en marge du sommet des chefs d’États visant à statuer sur la réduction des gaz à effet de serre, aux discussions et différentes manifestations sur le sujet, parmi les dizaines d’ONG, de collectifs et d’associations du monde entier. Avec, peut-être, espère Txetx, « l’émergence d’une nouvelle force mondiale ». Pas question que Bizi n’en soit pas. Dans le train spécial qui part de Bruxelles pour rallier la capitale danoise, 20 places ont été réservées pour les basques. Soit le double des places attribuées au Nouveau Parti Anticapitaliste français, ou au Parti de Gauche.
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Bizi ! De nouveaux Démos socio-écolo Pourquoi Copenhague 2009 nous concerne tous(tes) ? Par Txetx Etcheverry et Marie Larzabal Le docu : Bizi ! Plus verte la vie
Du monde au balcon
Bizi avait appelé ce samedi 5 décembre, les habitants de Bayonne à mettre du vert à leurs fenêtres. Une initiative généralement réservées aux grands clubs sportifs, qui a connu un petit succès sur les bords de la Nive. Difficile de ne pas voir les couleurs de Bizi ce jour-là, entre les banderoles déployées aux balcons, les affiches barrées d’un point d’exclamation et l’agitation qui habitait les rues marchandes au rythme des militants verts. Certains habitants ont gardé ces affiches à leurs fenetres jusqu'à lundi, jour d'ouverture du Sommet de Copenhague, s'attirant le courroux municipal (lire ci-dessous).
Le rendez-vous était fixé aux halles. Ils étaient déjà une cinquantaine à arborer le t-shirt siglé lorsque le cortège s’est ébranlé. Direction la rue Port Neuf ou les attendaient d’autres militants pour l’étrange parodie d’une émission de télé mondialement connue.
Qui veut gagner des degrés Mais au jeu de « Qui veut gagner des degrés ? », pas d’argent à faire miroiter, mais des catastrophes à annoncer. Un jeu de chaises musicales, lorsque la quarantaine de joueurs se voient supprimer des chaises à chaque augmentation de la température. Quand cesse la musique, les laissés pour compte figurent les premiers réfugiés climatiques, victimes de ce réchauffement, et vont s’allonger pour bien figurer leur mort symbolique.
Le soleil rasant de l’hiver a contribué à mettre de la bonne humeur parmi les passants, plutôt amusés par l’humour bon enfant, et sensibilisés par la distribution massive de tracts et d’affiches.
Chaud froid Après avoir soufflé le chaud, les Bizi ! ont brutalement refroidi l’ambiance, dès que les corps ont eu fini de s’amonceler dans la rue. À quelques mètres de là, ils ont déployé une échelle pour se hisser sur le balcon de la mairie et déployer deux banderoles pour clamer « l’urgence climatique » et la « Justice sociale » en basque et en français. Pendant que trois militants allumaient des feux de détresse sur le balcon, une sirène a retenti, les Bizi se livrant alors, masqués, à une ronde lugubre au pied de la mairie. Un vrai spectacle au marché de Noël, qui n’aura duré que quelques minutes, mais aura permis de marquer les esprits.
Allez Bayonne !

Le député maire de Bayonne Jean Grenet a piqué la mouche. Lundi, il a fait retirer des balcons et fenêtres de sa ville toutes les affiches que Bizi avait demandé aux habitants de rendre visibles pour afficher un soutien aux négociations de Copenhague.
Le jour de l’ouverture de ce sommet réunissant les dirigeants du monde pour statuer sur son devenir, il était singulier de voir les employés municipaux, aidés par des camions grues, descendre ces bannières, indiquant pour la plupart, en des termes bon enfant : « Planète en danger Mobilisons nous !».
D’autant que les drapeaux bleus soutenant le club de l’Aviron Bayonnais rugby pro ne faisait pas partie des consignes municipales, ont confirmé les employés, lesquels étaient plutôt embarrassés face aux réactions des habitants, pas toujours prévenus de l’apparition d’une nacelle à leurs fenêtres.
Dans un communiqué de presse, Bizi s’est empressé de dénoncer un geste « scandaleux » et une « décision autoritaire et anachronique montrant à quel point les dirigeants politiques tels que M. Jean Grenet sont très loin de prendre au sérieux les enjeux capitaux de ce qui va se jouer à Copenhague ».
Feignant de ne pas croire à « l’attitude d'un député de la majorité » qui expliquerait « pourquoi Copenhague risque de se terminer le 18 décembre sur un accord totalement insuffisant », Bizi demande aux bayonnais de réitérer samedi prochain avec l'affiche « Planète en danger », disponible dans son local du 22, rue des Cordeliers à Bayonne.

Extrait de l'appel « Urgence climatique, justice sociale »
Nous sommes à la croisée des chemins. Issu de l’activité humaine, dans le cadre d’un modèle de production agricole et industriel que les sociétés industrialisées ont mis en place et qui se répand sur l’ensemble de la planète, le réchauffement climatique met en danger les moyens d’existence et les vies de milliards d’êtres humains, et menace d’extinction des millions d'espèces.
Du 7 au 18 décembre prochains, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique se tiendra à Copenhague. Elle doit déterminer les objectifs et les solutions à mettre en œuvre à l’échelle internationale pour prolonger le protocole de Kyoto, qui prend fin en 2012. Selon les climatologues, il faudrait que les pays industrialisés, premiers responsables de l’émission des gaz à effet de serre (GES), réduisent leurs émissionsde 25 à 40 % d’ici à 2020 et de 80 à 95 % d’ici à 2050(par rapport à 1990).
Les politiques actuelles sont dans l’impasse Les propositions de réductions de gaz à effets de serre des pays riches sont tout à fait insuffisantes, tout comme les fonds qu’ils sont prêts à débloquer pour soutenir l’adaptation des pays du Sud au changement climatique. Elles sont vécues comme une véritable provocation par les pays du Sud. Les solutions proposées actuellement ne sont pas crédibles. Car elles reposent essentiellement sur les mécanismes de marché alors que la crise économique et financière a, une fois encore, montré leur incapacité à se substituer à l’action publique et collective. Les fausses solutions (nucléaire, agrocarburants) posent de nombreux problèmes environnementaux sans contribuer à la baisse des émissions.
Des mesures véritablement alternatives sont nécessaires Les responsabilités historiques des pays du Nord et du mode de développement productiviste dans cette crise globale doivent être reconnues. La justice et l’équité exigent que soit réparée ladette écologique du Nord, a minima par l’annulation des dettes du Tiers-Monde. Les transferts technologiques respectueux de l’environnement et des sociétés au Sud doivent être financés et l’aide publique au développement augmentée, sans que cela exonère le Nord de ses propres objectifs de réduction des émissions. Les réfugiés climatiques doivent être reconnus et accueillis.
Une autre répartition des richesses doit permettre une transition solidaire vers des économies écologiques, au Nord comme au Sud.Le droit au travail pour tous est au cœur de cette répartition. Les sommes colossales investies dans le sauvetage du système bancaire montrent que les moyens financiers existent. Les mesures à prendre doivent être débattues démocratiquementet faire l’objet depolitiques publiques audacieuses, passant outre les intérêts des grands lobbies – notamment des hydrocarbures, et définissant une production industrielle axée sur les besoins et non sur le profit ainsi qu'une répartition plus juste des richesses naturelles et produites.
Peuples du Sud et du Nord, migrant-e-s, précaires, chômeur-se-s, salarié-e-s, faisons converger nos luttes pour la justice climatique ! Climate justice now !
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