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Comme tous les êtres primaires attachés à leur culture, cramponnés à leur territoire, le basque pratique le multilinguisme dès son plus jeune âge. Contrairement au citoyen du monde qui n'a pas son pareil pour massacrer sa propre langue (je parle du français) et lui substituer sans raison si ce n'est un snobisme tenace, un anglais non pas moins écorché – dans lequel il élaborera un discours universel, c'est-à-dire parisien, à l'attention des mouches.
Voici quelques années, une expérience linguistique fut menée sous couvert de journalisme ; il s'agissait pour quelques poignées de scripteurs d'Hegoalde de concurrencer Sud Ouest sur le terrain de la faute de grammaire et du contre-sens. Aucun doute : Sud Ouest fut dépassé. Hispanismes ronflants, gallicismes plus vrais que nature, orthographe fantaisiste, ce journal auquel je m'empressai de collaborer, explosa tous les cadres de la langue de Molière. Cependant, les linguistes consultés se montrèrent sceptiques quant à la valeur de l'expérience ; on ne peut comparer, disaient-ils, ceux qui commettent quotidiennement des crimes contre leur propre idiome et ceux qui dans le cas présent, lèsent une langue qui après le basque et l'espagnol, n'arrive que sur la troisième marche de leur podium personnel. Tout le monde ne peut pas pas s'appeler Miguel de Unamuno, concluaient-ils, qui maîtrisait parfaitement à peu près toutes les langues parlées en Europe. Miguel nous tuera tous.
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L'entrevue entre Dalí dit le grand masturbateur et notre Miguel préféré tourna court : le peintre catalan ne supportait ni le côté jésuite loyolasque de Miguel ni son après-rasage à base de noix de muscade. Quant au père spirituel des cocottes, il pressentait que Salvador serait fidèle jusqu'à la mort à la royauté et à Gala. Pour ce qui est de leurs rapports, purement sexuels, avec Federico García Lorca, ils firent la une de Voici et de Closer, avant de tomber aux oubliettes de l'histoire. Valladolid, (prononcez Valladollars), province de Castille et Leon, nous sommes dans la nuit du 3 août 1934, Miguel s'avance au devant de Salvador, rue Cervantès, et lui remet devant le n°12, une superbe cocotte fluorescente qui rappelle vaguement le pharmacien d'Ampurdan. Déclinant l'invite, ce dernier lui propose en retour, tirée de son élégant étui Faberger, une moustache. Mais le philosophe basque, flairant l'entourloupe, déclare qu'il a arrêté de fumer depuis peu. A partir de là, tout se précipite ; au lieu de s'atteler à un imposant programme de travail qui comprend notamment le dossier complexe de l'A.D.N. des cocottes ou la théorie quantique des triangles d'or dont notre volatile est un parfait exemple, la discussion périclite et finit dans le ruisseau. C'est la faute à Rousseau. Cependant, tous les exégètes s’accordent sur ce point, La fameuse vierge auto-sodomisée par sa propre chasteté de Dalí, inspira grandement l’opus de Miguel, Ecrits sur les taureaux (voir expérience 7)
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Le souletin est le seul au monde qui cacumine. Je passe sur quelques vieux sardes oubliés, quelques millions de locuteurs hindis. Il est le seul, voilà tout - et il ne le sait pas. Et non seulement il ne sait pas qu'il est unique comme tout un chacun mais en outre, il persiste à ignorer l'existence même du cacuminage. Autant d'entêtement est-il dieu possible ? Qu'en pense la section CGT de Mauléon ? Le souletin, cet autre monsieur Jourdain, pratique en aveugle la prose cacuminante. Pour vous l'expliquer, il faudrait bien sûr un philologue compétent. Qui se doublerait allez savoir d'un espérantiste forcené. Pour ne pas dire d'un anarchiste mystique. Et où cela nous emmènerait-il, je vous le demande. Trop loin, sans doute. Et je n'y tiens pas. Ah! Maintenant si nous avions un don Fermin, l'oncle original de Niebla, ce roman ionescien du grand Miguel, ou un de sa trempe, je ne dis pas. Mais voilà, nous ne l'avons pas. Ce qui ne fera pas taire pour notre plus grand bonheur, l'âme souletine. Qui cacumine à cœur joie, qui cacumine à tour de bras, qui cacumine à tout casser. Peuple de cacumineurs sauvages.
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Miguel a beau être mon idole, quelques points nous séparent tragiquement. Et tout d'abord, son soutien certes éphémère, au coup d'état franquiste – sous prétexte que les républicains tuaient de-ci de-là quelques curés en soutane. Pourtant Miguel n'a cessé de le redire : une foi qui ne doute pas, est une foi morte. Itou pour le curé, mon cher Miguel : un curé qui ne doute pas, est un curé mort. Les républicains l'avaient fort bien compris : ils remédiaient donc à un excès de certitude. Ils épongeaient un excédent. Pour ma part, je suis entré dans l'espérance (c'était un samedi, à midi) : la catholique Bretagne est en passe de virer à gauche. Pourquoi nos bons curés navarrais, nourris des préceptes d'un Opus Dei de plus en plus permissif, ne se mettraient-ils pas demain à la théologie de la libération ? Après-demain fera tout aussi bien l'affaire. Je ne suis pas pressé. Après tout, ce qui se passe chez les catholiques ne me regarde pas.
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Après dix ans de Sagarno Eguna et quelques années passées en Bretagne, j'ai enfin compris pourquoi Basques et Bretons avaient tant d'affinités. Les Bretons sont de grands voyageurs. Les Basques, aussi. Les Bretons veulent parler leur langue. Les Basques aussi. Les Bretons font du bon cidre. Les Basques non plus. Cette acidité mise à part, battons-nous bec et ongles pour préserver cette âpreté unique. Loin des standards sucrés, de la mélasse mondialisatrice.
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Puisque nous en sommes à causer linguistique, causons. Seuls quelques philologues renégats, quelques étymologistes véreux, quelques typographes parjures se refusent encore à écrire &spelette. Pourtant l'usage de l'esperluette pour Espelette semble attesté dès 1541 dans le traité anonyme du « Basque unifié à l'usage des nobles et des palefreniers » que frère Ramuntxo, un convers louche à tout le moins, s'efforça d'imiter grossièrement dans sa retraite de Lekeitio. Bref. Es per lu « et », c'est pour le « et », dit l'occitan de ce signe gracieux qui rappelle la fraîcheur d'une cocotte pré-pubère. Et que dit Pelette pendant ce temps si ce n'est la même chose, kif-kif bourricot aram siam siam : Es poulette, es puleta. Traduction : elle est belle, ta poule. Quoi qu'il en soit, je trouve déplorable que Miguel ait perdu la sienne, d'esperluette. Son nom véritable est Miguel de Unamuno y Jugo. Ou : De Unamuno & Jugo. Littéralement : Unamuno dans son jus, Unamuno le joueur. Et si l’on veut être exact : Miguel de Unamuno & Jugo de Larraza, le pâturage en basque, que Miguel s’amusait à écrire espièglement la Raza, la race. Quand le frère Jean faisait l’appel : Miguel de Unamuno y Jugo de Larraza ! – Ils sont tous là, répondait don Miguel. Hélas Miguel, à l’époque comme aujourd’hui encore, on ne se moque pas des races aussi facilement : c’est « le jour de la race », le 12 octobre 36 que tu fis un pas de trop. Nous y reviendrons.
La semaine prochaine dans PBI
5. Mystère dans les alpages (Fmurrr' stories)

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