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Le pays basque commence à Chicago. Chicago, banlieue sensible, sans doute aux courants d'air, du Havre, Seine-maritime, Normandie. On n'arrête plus le pays basque. Il déborde, il essaime, il grignote insensiblement. Chicago donc, quartier réjouissant, havre bucolique, connu pour cette expérience socio-socia-logique unique :d l'installation d'un container ayant tous les attributs d'une cage... d'escalier. Recréant, plus vrai que nature, le cocon feutré, la rampe chaude, les boîtes aux lettres chamarrées, et le doux escalier menant au premier étage, à la terrasse panoramique, toit du monde où les jeunes désœuvrés peuvent tout à loisir admirer le splendide océan des barres. L'expérience ou dispositif finit dans l'absurde que l'on sait : la société qui avait alloué ce container en forme de faux-hall, porta plainte pour dégradation dudit ersatz. Un peu comme si un toubib s'en prenait à l'inefficacité du placebo qu'il vient d'administrer.
Cette procédure zoologique car il faut bien l'appeler par son nom, n'était que le rejeton d'une expérience-mère menée au pays basque et qui, fort évidemment, avait échoué. De fait, on tenta donc de l'exporter. Qui voudrait réellement imposer à autrui un modèle qui fonctionne ?
Rappelons succintement les faits : Ainhoa, au milieu des années 90, petit village basque, bien pomponné pour la photo. Quelques amatxi prennent le frais le soir venu et les touristes apprécient la fraîcheur de ce tableau estival et folklorique, belles tranches d'autochtones qu'ils immortalisent sur leur pellicule ko, kot, kot, kodak. Au tournant du millénaire, les choses se gâtent. Le bon vieil appareil argentique se fait doubler par le caméscope qui allez savoir, effraye davantage les anciennes qui procèdent alors à un repli stratégique intra muros. Un repli identitaire sans nul doute.
Qu'à cela ne tienne, le caméscope est une arme qui cache beaucoup plus l'assaillant que le simple appareil photo - ne dit-on pas être dans le plus simple appareil ? Glissant jusque là un œil, voilà le touriste qui met un pied, un bras, sa personne tout entière chez l'indigène pour le surprendre qui dans sa cuisine qui dans son salon, bref dans son milieu naturel. Du coup, l'amatxi se claquemure. Ayant quitté la place, elle est immédiatement remplacée par des places de parking elles-mêmes occupées par des hordes de véhicules à peine dressés qui bouchent rapidement la vue des autochtones et des touristes. Que faire ? Il serait de bon ton que ces mamies remontrassent leur nez.
On recrée alors en plein champ, à la sortie du village, une façade typiquement basque, portes et volets sang de bœuf, colombages discrets, en espérant que la mémé basque qui n'est pas plus sotte qu'une autre, aille taper la causette ou le mus sur les croix marquées au sol devant ce décor plus vrai que nature. Les premiers à se précipiter ? Les touristes bien sûr, l'appareil numérique au bras, qu'il faut tout de même amortir : la technique s'est encore améliorée. Le simple argentique volait l'âme des gens, le numérique peut désormais la mettre à la poubelle. Virtuelle. Il n'y a plus de risque. De ratage.
Bref, tout un chacun est aux aguets mais l'amatxi ne daigne pas paraître. Pendant ce temps, elle esquinte proprement les beaux 4x4 flambants neufs garés devant ses pétunias, à grands coups d'outils traditionnels – car c'est important, la tradition. Et un Sahara que je t'esbigne, et un Tamanrasset que je t'escagasse. Consciencieusement, son petit-fils arrache tous les pare-buffles qu'il trouve, ça fera chouette sur la cheminée. Comment différencier l'humanité du troupeau ? me demandait l'autre soir, la Roussette, une de mes cocottes préférées. Très simple : l'humain se refuse à obéir - au dispositif, à la procédure qui ne sont qu'instinct, prédation à peine maquillés. Alors que la masse, elle, s'y prête et en redemande ; elle a du temps de camescope disponible. Autant dire qu'elle a l'avenir entre les pognes.
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Dans la carrière d'Unamuno, il y a un avant et un après-cocottes. Je parle il va de soi de ce fameux Traité de cocotologie qui n'a jamais quitté le panthéon de mes toilettes. A tel point que je voulus en faire mon sujet de mémoire ; Cocottes en papier et LSD, tel était le titre choisi. Mais un des directeurs pressentis par mes soins pour encadrer ce travail de titan, se montra pour le moins sourcilleux. Je lâchais les cocottes sur lui - elles n'avaient rien becqueté depuis huit jours et le dévorèrent tout cru. Avant que la faculté ne donne l'alerte et ne fasse mugir à mes oreilles toutes les sirènes de police que compte le pays basque, je m'étais réfugié quelque part dans un ranch du nouveau Mexique, où je pus trois ans durant travailler tout à loisir aux prolégomènes de mon œuvre qui finalement dérobée par J.-M. G Le Clézio, lui permit d'emporter sur le fil, juste devant Caribou zélé à la corde, le prix Nobel que l'on sait. Grand seigneur, je ne lui en ai jamais voulu.
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Le basque, donc : être entier, jusqu'au boutiste, ayant la détermination chevillée au corps. Moins dilettante que l'Algérien qui selon Fellag, déclare s'ennuyer au milieu du clou qu'il enfonce. Le basque enfonce le clou et même le suivant quand ce n'est pas la boîte entière. Il est très rare qu'il en laisse dans son assiette, des clous, et ne finisse pas l'année, toute année entamée étant payable d'avance. D'ailleurs, le grand Miguel de Unamuno mourut un 31 décembre, en 1936. Voilà qui est sage. Alors que Camus qui était le plus algérien des écrivains français, mourut bêtement un 4 janvier. Honteuse gabegie.
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Puisque nous en sommes au rapprochement entre les peuples, inspirons-nous des pratiques douteuses de nos voisins. L'Algérie, encore. Avec la loi d'amnistie, bon nombre d'ex-barbus, terroristes amènes du FIS ou du GIA, les premiers démocratiquement élus, se retrouvent aujourd'hui à vendre des culottes ou des soutien-gorges : on a ainsi acheté leur silence en leur offrant ces échoppes. Ce fut le programme « Armes contre string-panthère, Kalachnikov contre slip-léopard ». Et si on essayait avec les Etarras repentis ? Plutôt que de leur refourguer leurs 150 années de taule conventionnelle ? Une petite échoppe tranquille où ils vendraient des sex-toys en forme de piment d'Espelette ? Dia, ça boosterait notre AOC, ça !
La semaine prochaine dans PBI :
2. Apprenons les rudiments du mus à un chimpanzé adulte mâle

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