Semaine du 14/06/2010 - Culture
De la saveur des pommesSagarren Denbora de Josu Martinez et Txaber LarreategiAvec « Sagarren Denbora » (‘Le temps des pommes’), le jeune réalisateur basque Josu Martinez présente un nouveau documentaire sur le thème méconnu des expulsés de l’ETA, en suivant quelques mois un couple singulier, Alfonso Etxegarai et Kristiane Etxalus, de Domezain à São Tomé en passant par Bayonne, Hendaye ou l’étrange vestige de la centrale nucléaire de Lemoniz en Biscaye. Un documentaire sensible sur le rapport à la terre, au Pays Basque, et sur l’absence, comme dans Itsasoaren Alaba, son précédent film, déjà consacré à l’histoire d’un membre de l’ETA, Txapela, tué par le GAL. Cette fois, aidé par Txaber Larreategi, Josu Martinez s’attache à raconter, par la corde sensible, l’étonnant vide juridique qui entoure ces « déportés » et les isole aussi sûrement qu’un océan.
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Alfonso Etxegarai vit dans cette minuscule île de Sao Tomé sans perspective d’évasion. Il n’a pas de papier, a été déposé là comme les marins mutins d’un autre temps, avec pour seul esquif, sa nostalgie. Il y travaille, et y rêve d’un bout de terre basque, toujours en transit, dans l’attente d’un navire au loin. Kristiane Etxalus n’a renoncé à rien, ni à sa vie au Pays Basque, ni à son couple. Avec, explique t-elle, ses angoisses, déjà, d’un dernier regard en arrière et d’une mort au loin. Leur rêve était pourtant à portée de main. Vivre en basque, à Domezain, au rythme de la saison des pommes. Ne pas rater l’hiver, ni le printemps florissant, ni la cueillette, faire du cidre et des jus naturels. Mais les saisons pour ce couple ont pris le rythme des avions. Trois mois là bas, deux mois ici. Deux mois là bas, trois mois ici.
Une épreuve que Christiane Etxaluz, surnomée « Alcaline » par Txaber Larreategi et Josu Martinez, surmonte avec enthousiasme et allant. Elle est le Pays Basque qui débarque à Sao Tomé, le trait d’union du mutin exilé. Elle s’est aussi battue pour le faire revenir, sans succès. Arrêté par la police, d’abord expédié en Equateur, Alfonso Etxegarai vit dans une zone franche, un non-lieu juridique, depuis 25 ans. Ces déportations étaient la caution de bonne foi d’un gouvernement français qui négociait les extraditions avec l’Espagne. La clause secrète. Le détail des négociations. Pour autant, Alfonso Etxegarai n’a pas encore purgé sa peine. Il n’est pas prisonnier, il n’est pas en cavale. Juste menacé d’oubli, comme ces bagnards qui faisaient souche à Cayenne, comme happés par les marécages de Guyane.
Mais il y a l’amour. Qui n’est pas une solution. Presque un problème. Mais qui donne une perspective poignante à cette histoire, comme une longue amarre au-delà des mers pour ne pas oublier l’histoire, la terre basque, et garder un lien avec le passé. Bien-sûr, le Petit Bayonne n’est plus celui rêvé. On a les rêves qu’on peut. Celui d’Alfonso Etxegarai, idéaliste au regard lointain, est dans une vieille maison basque, autour d’un foyer, au bout d’un chemin ancestral où les pas impriment la terre, avec des pommiers qui vivent pleinement chaque saison. Présenté à guichet fermé à au cinéma l’Atalante de Bayonne, Sagarren Denbora sera à nouveau diffusé ce jeudi à Ainhice Mongelos. |
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